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mardi 25 juin 2019

Politique

Comment le premier ministre Youssef Chahed manipule le parlement avec la complicité du parti Ennada





Youssef Chahed
Youssef Chahed premier ministre et candidat s'associé au islamistes pour evincél les concurrents.


Attaque contre la démocratie, ou sauvetage du modèle tunisien ? À quelques mois des législatives et de la présidentielle, les députés tunisiens ont voté en urgence une révision de la loi électorale qui risque d'écarter des candidats indépendants.

« C’est comme si le Congrès américain, voyant Trump monter dans les sondages à l’approche de la présidentielle, ou le parlement et le Sénat français voyant l’ascension de l’extrême droite, votaient une série de lois pour les en empêcher. » Meriem Boujbel ne décolère pas. Députée sous la bannière Mashrou Tounes (Un projet pour la Tunisie), un groupe parlementaire qui rassemble une quinzaine de déçus du parti présidentiel Nidaa Tounes, elle a voté mardi 18 juin contre le projet de révision de la loi électorale tunisienne car, dit-elle, c’est « un terrible coup porté à notre jeune et fragile démocratie ».

Une trentaine de députés ont fait comme elle, une quinzaine s’abstenant, mais la majorité (128 députés) a approuvé une refonte qui divise la classe politique tunisienne déjà bien fracturée par les luttes de pouvoir. Et pour cause : en pleine effervescence pré-électorale, à quelques mois de deux scrutins majeurs – des législatives en novembre et une présidentielle en décembre – et à un mois des dépôts des listes pour les législatives, la coalition nationale, le bloc parlementaire qui soutient le chef du gouvernement Youssef Chahed, a mobilisé l’assemblée pour faire voter en urgence une série d’amendements modifiant la loi électorale.

Objectif affiché : moraliser la vie politique, « protéger l’exception démocratique » du monde arabe. Objectif caché, selon les détracteurs du projet : barrer la route aux adversaires indépendants, non issus du sérail politique, en tête dans les intentions de vote dans les sondages, avec un arsenal législatif taillé sur mesure pour les contrer et empêcher leur candidature.

« 190 députés sur 217, soit 90 % d’entre nous, étaient présents [issus principalement des deux grands blocs parlementaires, la coalition nationale pro- premier ministre Chahed et Ennahda, le parti islamiste soutien de Chahed, qui à eux deux ont la majorité au Parlement – ndlr], c’est extrêmement rare qu’il y ait autant de monde », s’étonne la députée Meriem Boujbel.

Quatre personnalités en particulier sont visées, quatre personnalités dont la cote grimpe auprès de la population tunisienne à l’heure où souffle un vent de dégagisme à travers le monde qui balaie les formations politiques traditionnelles. Trois d’entre elles devancent dans les derniers sondages (sondages qui restent à prendre avec des pincettes) le premier ministre Youssef Chahed qui n’a pas encore annoncé sa candidature mais qui a créé un parti Tahya Tounes (« vive la Tunisie ») en début d’année, voué à le porter au palais de Carthage, à incarner la famille moderniste et à affaiblir le parti présidentiel Nidaa Tounes dont il est issu.


Il s’agit du magnat Nabil Karoui en tête des sondages d’opinion, fondateur de la chaîne de télévision Nessma TV, qui compte parmi ses actionnaires (minoritaire) l’ancien président italien Silvio Berlusconi et arrose sous l’œil des caméras de sa chaîne la population de dons (comme, pendant le ramadan, des distributions de repas) ; d’Abir Moussi, la présidente du Parti destourien libre (PDL), une nostalgique de l’ère Ben Ali qui a fait partie du comité central du RCD, le parti du dictateur déchu en 2011 ; et du constitutionnaliste Kaïs Saïed, partisan de la peine de mort. Autre potentielle rivale qui inquiète les partis en place : Olfa Terras Rambourg qui s'est fait connaître par le mécénat culturel et sportif de la fondation Rambourg et de son mouvement Aich Tounsi, et à qui l’on prête des ambitions politiques.

Ces quatre figures, estampillées « populistes » par une partie de la classe politique tunisienne qui les accuse de battre campagne hors des règles imposées aux partis, notamment financières, et de déséquilibrer ainsi le jeu démocratique, se voient couper les ailes par la nouvelle loi électorale à effet rétroactif. Celle- ci acte notamment la séparation entre l’activité politique et l’activité associative et caritative, exclut la candidature de quiconque fait l'apologie de la dictature, de l’ancien régime, tient un discours contraire à la démocratie et aux principes de la constitution, aux valeurs universelles des droits humains.

Un des amendements exige que les candidats aient respecté individuellement, durant les 12 mois précédant le scrutin, les mêmes obligations que les partis : pas de fonds étrangers, ni de dons de sociétés, pas de distribution d'aide (en numéraire ou en nature), ni de publicité politique. Dans une précédente version du texte ayant circulé avant le vote, était même écarté de la course tout candidat « dirigeant une association ou un média ».

« C’est clairement taillé sur mesure pour ces quatre personnalités. Le projet est tombé pile après le dernier sondage d’opinion qui les donnait en tête Nabil Karoui », constate la députée Meriem Boujbel. Elle est la seule dans son groupe à avoir voté contre. Dès février, elle s’était positionnée contre cette révision : « C’est un positionnement de principe, explique-t-elle. Je ne suis pas en désaccord sur le fond. Il y a en effet beaucoup à faire sur la moralisation de la vie politique mais le timing est très mauvais. Cela crée un précédent grave. On ne peut pas faire des lois, des amendements sur mesure pour des personnes précises parce qu’elles apparaissent en bonne position dans les sondages à quelques mois d’un scrutin crucial. Cela torpille la crédibilité des élections et du processus électoral. »

Son espoir ? Que le projet soit retoqué pour inconstitutionnalité. Un recours, porté par plusieurs députés, est en préparation. « Et il peut aboutir », veut croire Meriem Boujbel qui dénonce « un passage en force » : « Même les règles du Parlement n’ont pas été respectées. On a reçu les amendements le jour même en séance tenante alors que normalement, on les reçoit bien en amont, qu’on les discute en commission, en groupes parlementaires et lors de réunions de consensus. » Elle prévient aussi que l’instance supérieure indépendante des élections (ISIE) n’a « pas les moyens matériels et humains pour assurer des élections à temps avec ces nouvelles prérogatives ».

Quant à l’argument des partisans du projet arguant de la nécessité de protéger la démocratie balbutiante, elle le balaie d’un revers de main : « Avant de protéger la démocratie, ils veulent se protéger, protéger leur parti et leur personne. Je préfère encore avoir des mafieux au pouvoir pour les cinq prochaines années si c’est le choix du peuple, plutôt que de valider des méthodes pareilles, anti- démocratiques. »

« L’impact de cette révision va être terrible sur les élections et leur crédibilité »

La députée Lamia Dridi, dissidente de Nidaa Tounes qui a rejoint la coalition nationale, le groupe parlementaire pro- Chahed, justifie comme beaucoup cette révision comme une « nécessité pour protéger notre démocratie fragilisée ». « Nous étions dans l’obligation de prendre des dispositions pour fixer les bonnes pratiques. On ne peut pas rester les bras croisés et laisser la scène politique à des bandits qui occupent les plateaux télévisés dont ils sont propriétaires. »

Elle comprend que cette révision à quelques semaines d’un double scrutin déterminant choque mais elle ne regrette pas le calendrier : « On est en pleine transition, donc en construction d’une démocratie, on ne pouvait plus se taire et reculer devant ces pratiques. »

Un point de vue partagé par un député de l’opposition qui tient à garder l’anonymat tant le sujet reste explosif et qui s’est abstenu lors du vote : « Je n’ai pas voté pour car le timing me dérange, confie-t-il. On a attendu les mauvaises pratiques pour légiférer enfin et en pleine période pré- électorale ! Il ne fallait pas laisser faire et attendre pour les condamner, c’est normal du coup qu’il y ait cette polémique. Mais sur le fond, je suis d’accord avec cette loi. C’est un mécanisme pour que tout le monde respecte la loi. »

Il est étonné de voir les réactions internationales, notamment en France où des élus parlementaires se sont alarmés à l’instar du président du parti de centre droit de l’UDI Jean-Christophe Lagarde ou encore du député des Français de l’étranger de la 9eme circonscription, M’jid El Guerrab (ex-LREM, parti d’Emmanuel Macron), qui a déposé une question écrite à l’adresse du ministre français des affaires étrangères. Ce dernier a répondu aux journalistes qu’il ne se prononcerait pas sur « ce vote souverain » de son « pays ami et partenaire privilégié », renouvelant « sa confiance dans le peuple et les institutions tunisiennes » et saluant « la vitalité démocratique tunisienne dont les élections générales de l’automne constitueront un temps fort ».

« C’est bien de nous critiquer mais aucun ne met en cause ni l’accent sur les pratiques immorales de ces candidats s’agace le député tunisien. Certes, ce n’est pas moral de faire cela la veille des élections mais la violation des valeurs, de l’éthique de ces personnes est grave. On ne sait pas d’où vient leur argent, peut etre ils ne sont pas en règle avec le fisc. » Et d’ajouter : « Les gens oublient que ce n’est pas seulement la majorité présidentielle qui a validé ce texte. Des députés de l’opposition, connus pour leur engagement contre la corruption, ont voté par calcul politique pour ce texte comme le parti de Mohamed Abbou, le Courant démocratique . »

Dans une lettre adressée aux députés, Nabil Karoui a dénoncé une « tentative de coup d’État politique » ayant pour « seul but de l’empêcher de se présenter » : « Je ne renoncerai ni à mon engagement auprès des plus démunis ni à mon droit constitutionnel et encore moins à mon devoir moral de me porter candidat », a- t-il martelé.

À l’image de l'ancien président de la commission électorale, Chafik Sarsar, ou du premier syndicat tunisien l’UGTT, divers acteurs et observateurs font part de leurs inquiétudes ces dernières semaines. Ils sont partisans d'une réforme qui aurait dû être conduite il y a bien longtemps mais pas maintenant.

« L’impact de cette révision va être terrible sur les élections et leur crédibilité d’autant que le gouvernement qui a proposé ces amendements est partie prenante de ces futures échéances et que son chef vient de créer un parti politique qui va présenter des listes aux législatives et lui servir de tremplin à la présidentielle et qu’il est le chef de ce parti », déplore Selim Kherrat de l'observatoire de la vie parlementaire, Al Bawsala (la Boussole), une association qui surveille la fabrique des lois depuis 2012.

Pour lui, il y a comme une panique des partis traditionnels à quelques mois de l’échéance électorale qui craignent un vote sanction au profit de ces candidats hors circuit : « Karoui, Moussi, Saïed et Terras Rambourg bénéficient d’une forme de colère, d’un rejet de la figure politique, les mêmes dynamiques qu’à l’international. Tous tiennent des discours populistes, stigmatisants. Karoui bénéficie d’une visibilité médiatique, sa chaîne est dans le top 3. Il a aidé les populations défavorisées à travers le pays dans des zones oubliées où on ne voit pas d’élus, comme Terras Rambourg. Elle a mobilisé avec son association 3ich Tounsi, beaucoup de moyens qui lui ont permis de sonder 400 000 Tunisiens et de pondre un programme en douze points simpliste qui dit “on va emprisonner tout cadre de l’administration corrompu”. Moussi, elle, monopolise le segment anti- islamiste, promet de remettre en prison les islamistes, ce qui séduit encore une partie de la population. »

Si la nouvelle loi peut être retoquée par le Conseil constitutionnel, elle peut aussi l’être par le président nonagénaire Beji Caïd Essebsi. « Même si les chances qu’il le fasse sont infimes, ce serait une porte de sortie par le haut pour lui avance Selim Kherrat.  Il apparaîtrait comme le sauveur de la démocratie, récompenserait son copain Karoui pour ses bons et loyaux services, car cet homme d’affaires ne l’a jamais lâché et a contribué à son élection en 2014 avec sa chaîne télé et il se vengerait contre son poulain Chahed qui l’a trahi lui et le parti Nida Tounes qu'il a fondé. »







mercredi 31 janvier 2018

Les dirigeants actuels de la Tunisie manquent de vision

L’ex-premier ministre Mehdi Jomaa déplore l’érosion de la classe moyenne


Mehdi Jomaa, 55 ans, est l’ancien chef du gouvernement « technocrate » qui a gouverné la Tunisie de janvier 2014 à février 2015, après la crise de 2013 où le pays frôla la guerre civile. Fondateur du parti Al-Badil Ettounsi (Alternative tunisienne), Mehdi Jomaa cherche, avec d’autres petites formations, une alternative à la coalition gouvernementale formée par Nidaa Tounès (« pseudo moderniste ») et Ennahda (« islamiste »). La Tunisie a été récemment en proie à une poussée de fièvre sociale à cause de hausses de prix. 

Comment l’interprétez-vous ? 
Cette tension sociale m’inquiète. Malheureusement, elle était prévisible. Sur le plan politique, la Tunisie a progressé. Mais on devait travailler sur la robustesse de ce processus par l’économique et le social. Car la révolution de 2011, ce n’est pas seulement la liberté, c’est aussi la quête de la dignité, en particulier de la jeunesse, qui veut avoir des perspectives sociales et économiques. 

Il existe un énorme potentiel dans notre pays. Et pourtant cela bloque. Où le problème se situe-t-il ? Le leadership actuel ne dispose pas d’une vision claire de l’avenir du pays. Or, pour réussir une transformation, il faut savoir quelle Tunisie nous souhaitons avoir dans vingt ou trente ans. On l’a bien vu quand la loi de finances a été discutée en fin d’année. Il ne s’agit pas à mes yeux d’une loi équitable. On ne relance pas l’économie par plus de taxes et de pressions sur le pouvoir d’achat du citoyen qui est déjà fatigué, par plus de ponction fiscale sur l’entreprise et plus particulièrement le secteur formel. Cette loi de finances a des bénéficiaires : le secteur informel, car plus de taxes fait forcément le jeu de ce secteur. Et des perdants : la classe moyenne et les entreprises, qui sont le cœur de la création de richesses. 

Pourquoi êtes-vous si sévère à l’égard des dirigeants actuels ? 
Ils sont des experts de la promesse plutôt que des visionnaires. Pourquoi avait-on réussi en Tunisie après l’indépendance ? Parce qu’il y avait des visionnaires qui ont investi dans l’éducation, la santé, la femme. Il y avait un vrai leadership porté par des valeurs. Depuis trois ans, nous avons un gouvernement de coalition [entre Nidaa Tounès et Ennahda]. Or cette alliance ne s’est pas faite autour d’un programme mais d’un partage du pouvoir entre partis. 

Certains ont assuré que les manifestations ont été manipulées. Y croyez-vous ?
Certains casseurs ont pu venir se greffer sur ces manifestations, comme partout ailleurs dans le monde. Nous soutenons les protestations dans la mesure où elles restent pacifiques. Mais audelà des incidents, le problème de fond, c’est l’érosion du pouvoir d’achat. Depuis trois ans, le gouvernement a privilégié les augmentations salariales au pouvoir d’achat. Il y a un vrai malaise. Les gens souffrent. La Tunisie avait un énorme atout, son tissu social était centré autour de sa classe moyenne. Or, on assiste aujourd’hui à une érosion de cette classe moyenne. Je ne suis ni de droite ni de gauche. Personnellement, je suis issu de la classe moyenne. Ce qui m’a fabriqué, c’est l’ascenseur social. La dimension sociale fait partie de l’histoire de notre chère Tunisie. Je me définis donc comme social mais aussi comme quelqu’un qui veut encourager l’initiative privée. Il faut un Etat stratège qui ait une vision, il faut un Etat incitateur qui fournisse la stabilité et l’environnement nécessaires à la création de richesses. 

Quels sont les enjeux des premières élections municipales depuis la révolution, qui devraient avoir lieu en mai ?
 Ce scrutin est important, il va rapprocher la démocratie du citoyen. Quand vous voyez l’état de nos villes et de nos villages, il faut absolument agir. Un autre enjeu est de faire émerger à partir de ce niveau local un nouveau leadership. Mais il faudra que, durant la campagne électorale, l’Etat conserve sa neutralité. Or, on voit déjà le gouvernement se mettre au service d’un parti [Nidaa Tounès]. Et ça commence déjà à faire des promesses qu'ils ne tiendront pas !



mardi 23 janvier 2018

L’impuissance du gouvernement tunisien


Le choc



Tunisie



Durant les derniers jours [depuis le 7 janvier], plusieurs quartiers de Tunis et villes de l’intérieur du pays ont été secoués par de vives tensions sociales et des heurts violents, ayant notamment causé la mort d’un manifestant [selon le ministère de l’Intérieur, ce décès, annoncé par le ministère de la Santé le 9 janvier et largement cité par les médias, ne serait pas dû à des violences des forces de l’ordre] et occasionné plusieurs centaines de blessés dans les rangs des policiers et parmi les manifestants. Des saccages, vols, violences et actes de vandalisme ont aussi été constatés dans plusieurs banlieues de Tunis et dans plusieurs villes et villages de l’intérieur. Plusieurs routes ont été coupées par des manifestants et des scènes de guérilla urbaine ont eu lieu, avec des pneus brûlés, des jets de pierres et des bombes lacrymogènes.

Plus inquiétant encore, la plupart des manifestations se passent la nuit, ce qui complique le contrôle du caractère pacifque des manifestations. Plusieurs centaines d’arrestations dans les rangs des manifestants sont déclarées et plusieurs centaines d’autres seraient à venir. De nombreux édifices publics et équipements de sécurité sont partis en fumée. Le retour au calme est fragile, les manifestants demandent l’abrogation de la loi de finances 2018 ; et leurs leaders politiques poussent vers l’escalade. La police fait de son mieux pour maîtriser tous les quartiers et le gouvernement tente désespérément de désamorcer les tensions.

Tout cela se passe alors que la Tunisie célèbre le septième anniversaire de la fin du régime dictatorial de Zine El-Abidine Ben Ali [au pouvoir depuis vingt-quatre ans, Ben Ali est poussé à fuir le pays le 14 janvier 2011] et de l’amorce d’une transition démocratique, une première dans les pays arabo musulmans. En cause, une augmentation de 1 % de la TVA et des hausses de prix pour plusieurs produits essentiels, accélérant une inflation déjà galopante (6,5 %). Le taux de chômage dépasse les 30% chez les jeunes et les 40% dans les régions intérieures rurales. La dette dépasse 70% du PIB et le dinar local a perdu 40 % de sa valeur ces deux dernières années.

Le malaise couvait depuis quelques mois et il est entretenu par une croissance économique atone et par une gouvernance très politisée, notamment par des frictions endémiques au sein de la coalition constituant le gouvernement [dont les deux principales composantes sont le parti Nidaa Tounès, l’Appel de la Tunisie, dont est issu le président et qui compte 67 élus au Parlement, et le parti islamiste Ennahda, première force avec 69 élus]. Mis sous pression par le FMI [qui a conditionné son prêt de 2,4 milliards d’euros approuvé en mai 2016 à l’application d’une politique de réduction des déficits] et les bailleurs internationaux, le gouvernement doit démontrer une “discipline budgétaire” dans sa gouvernance des dépenses publiques. Ses engagements signés dans une lettre adressée au FMI par le chef du gouvernement et le gouverneur de la Banque centrale (29 mai 2017) annonçaient la couleur de l’impopularité des mesures à venir : dévaluation du dinar, hausse des taxes, privatisation de sociétés d’État, départ volontaire de plus de 60 000 fonctionnaires, gel des salaires, limitation de la compensation des produits de base, etc. Le tout était prévu d’avance et cela fait partie d’un ensemble de conditionnalités empêchant la Tunisie de s’endetter davantage pour éviter les risques de banqueroute.

Tensions. 

La grogne populaire est aussi expliquée par une gestion aléatoire menée par un gouvernement sans réelle vision économique et qui tente de “plaire aux bailleurs de fonds” sans disposer de l’expertise ni de la cohérence requise pour relancer la croissance économique. 

Pionnier et seul pays rescapé du “printemps arabe”, la Tunisie s’est engagée dans une transition démocratique depuis sept ans. Une telle transition n’a pas généré les progrès économiques escomptés et a dégradé le pouvoir d’achat par une inflation galopante et un chômage explosif.

Le hashtag #Fechnestannew [“qu’est-ce que nous attendons?” ou “plus rien à attendre du gouvernement”] est le slogan scandé par les manifestants des trois derniers jours. Ce hashtag, placardé en noir sur les murs de certains quartiers de la capitale, est relayé de manière virale sur les réseaux sociaux. Le caractère désespéré de ce slogan en dit long sur le malaise et les tensions qui vont crescendo à l’approche de la visite du président Macron en Tunisie [prévue début février] ; et surtout à la veille des élections municipales (prévues au printemps).

Selon des experts nationaux, la morosité économique à l’origine de ces contestations est largement expliquée par un déficit de confiance à l’égard des élites et d’un système de gouvernance mettant main dans la main un parti religieux islamisant et un  parti inspiré par l’idéologie de Bourguiba, le président ayant sévi contre les islamistes durant les années 1970 et 1980.

Au pouvoir depuis seize mois, la coalition gouvernementale actuelle a été érodée par ses contradictions et a généré un déficit de confiance perceptible au niveau de l’investissement et une recrudescence des activités économiques informelles, le long des frontières avec la Libye et par le biais de nouvelles filières de contrebande directement liées à des pays subsahariens (cigarettes, drogue, alcool, etc.).

Les incertitudes politiques et les erreurs de gouvernance mettent à plat plusieurs agrégats économiques, dont l’investissement privé, l’épargne des ménages, la demande agrégée et les exportations. Le défi à relever consiste notamment à renforcer la confiance de plusieurs tour-opérateurs qui commencent à renouer avec la Tunisie, pour relancer un secteur touristique encore meurtri par plusieurs actes terroristes en 2014 [en juillet sur le mont Chaambi, dans le nord- ouest du pays, à proximité de la frontière algérienne] et en 2015 [en mars, au musée du Bardo, près de Tunis, et en juin, dans une station balnéaire à Sousse].

Le capital de confiance dans les mutations démocratiques a du plomb dans l’aile. La rue et les couches défavorisées lancent une nouvelle défiance contre le gouvernement en place, en voulant abroger une loi de finances votée pour 2018 par la coalition gouvernementale et débattue pendant plusieurs mois par tous les partis et les élites politiques. Un véritable camouflet pour la classe politique qui montre encore une fois ses limites dans la mise en œuvre d’une transition économique* capable de s’arrimer à la transition politique à l’œuvre depuis 2011.


mercredi 9 novembre 2016

En Tunisie, la transition démocratique a un coût

Le premier ministre tunisien, Youssef Chahed, effectue une visite en France mercredi et jeudi






LE CONTEXTE

La liberté de presse n'est toujours pas de mise, les blogueurs et les journalistes continue d'être poursuivi et condamné par des tribunaux militaires d'un autre âge, tandis que les droits de l'homme en matière terrorisme ne sont guerre reluisante. La torture et le kidnapping des services du ministère de l'Intérieur continue de plus belle effet comme a l'époque du dictateur Ben ali. Tandis que les réformes, elles sont aux abonnés absents.
REDRESSEMENT
Depuis cet été, la Tunisie est entrée dans une nouvelle phase de sa transition démocratique avec la mise en œuvre d’un délicat plan de redressement de ses finances publiques. Après l’apaisement scellé en 2014 entre islamistes et anti-islamistes autour d’une nouvelle Constitution puis la vague de violences djihadistes en 2015 – en reflux en 2016 –, le défi est désormais économique et social. Plus jeune premier ministre de l’histoire tunisienne, Youssef Chahed a été nommé en août pour tenter de relancer une économie au modeste taux de croissance du PIB (1,2 %) et grevée par une dérive de ses comp- tes publics alors que les ten- sions sociales couvent, notamment dans les régions dé- favorisées de l’intérieur.

Septième premier ministre tunisien depuis la révolution de 2011, Youssef Chahed, 41 ans, a été investi fin août par l’Assemblée des représentants du peuple (ARP) de Tunis. Il effectue mercredi 9 et jeudi 10 novembre sa première visite à Paris où il va tenter de susciter des soutiens à un moment critique où la Tunisie affronte de délicats défis économiques et sociaux.

Qu’attendez-vous de la France dans le contexte d’une transition économique très douloureuse en Tunisie ?

C’est une visite hautement stratégique. Cinq ans après la révolution, nous sommes en passe de réussir la transition démocratique. Nous sommes une démocratie naissante qui se fortifie tous les jours, avec institutions élues, liber- tés de la presse, de parole. Mais le coût de cette transition est élevé et c’est normal. Après la révolution, nous avons fait face à des revendications sociales intenses. L’Etat a dû beaucoup dépenser, il a recruté, il a augmenté les salaires. Et cela a impacté les déficits publics. Aujourd’hui, le défi est économique. Il faut que nous réussissions à remettre de la croissance, à faire du développement inclusif dans les régions intérieures, d’où est partie la révolution. Nous pensons que notre partenaire, la France, a un rôle important à jouer.

Vous estimez que le soutien de la France est insuffisant ?

Nous devons inventer de nouvelles relations entre la Tunisie et la France. Aujourd’hui, la Tunisie est une vraie démocratie. En conséquence, l’engagement politique de la France sur la Tunisie doit se hisser à un autre niveau. Nous sommes l’exception des «printemps arabes ». Nos partenaires doivent se mobiliser sur la Tunisie, s’engager en faveur de cette démocratie. Parce que sa réussite dépasse la Tunisie. Nous sommes dans un en- droit stratégique du globe. L’enjeu, c’est la réussite d’une transition vers un modèle nouveau. La Tunisie défend les mêmes valeurs universelles de démocratie et de droits de l’homme sur lesquelles l’Europe est bâtie. De ce point de vue, nous devons être un partenaire stratégique avec un engage- ment fort de la communauté internationale. La Tunisie est une expérience unique.

La Tunisie connaît un vif débat budgétaire. Vous avez promis la rigueur, et l’austérité plus tard si la situation ne se redresse pas. La controverse se focalise notamment sur votre décision de reporter les augmentations de salaires dans la fonction publique. Pour l’instant, c’est l’impasse avec le syndicat UGTT mais aussi avec les professions libérales qui refusent d’être taxées. Comment en sortir ?

Aucun gouvernement ne peut souhaiter, deux mois après son investiture, proposer le report d’augmentations salariales ou imposer de nouvelles taxes. Notre gouvernement a été courageux. Nous sommes un gouvernement d’union nationale mis en place pour lancer des réformes, certes douloureuses. Dans mon dis- cours d’investiture au Parlement fin août, j’ai été franc avec les Tunisiens. Je leur ai expliqué que nous avons aujourd’hui des comptes publics en difficulté, une situation économique difficile, et que cela implique de se serrer un peu la ceinture. Il faut que tout le monde participe à ces sacrifices pour sauver les finances publiques. Bien sûr, ces sacrifices sont difficiles à admettre. Mais la Tunisie aujourd’hui est une terre de dialogue, de consensus. Nous sommes sortis de situations beaucoup plus complexes auparavant grâce au dialogue. Il faut que les gens comprennent l’état économique et social du pays.

A entendre certains de vos critiques, la Tunisie a été placée sous l’influence du Fonds monétaire international qui a octroyé 2,9 milliards de dollars (2,6 milliards d’euros) de prêts. Le FMI dicte-t-il votre politique économique ?

Non. Ce que prévoit la loi de finances 2017, c’est une gestion, comme vous dites en France, de bon père de famille. Quand la masse salariale dans la fonction publique a atteint un niveau élevé par rapport aux recettes de l’Etat, on n’a pas besoin du FMI pour nous le dire. Nous sommes capables de régler cela en interne. Les déficits publics ont explosé depuis la révolution. Ce que l’on dit, c’est qu’à un moment, il faut s’arrêter, il faut une pause pour faire souffler un peu les équilibres publics. C’est ce que nous demandons à la communauté internationale de prendre en considération. Car tout cela est dû à une révolution qui s’est produite en Tunisie. Nous demandons un engagement fort de la communauté internationale auprès de la Tunisie pour permettre la réussite de notre transition.

Les Tunisiens se plaignent de l’expansion de la corruption. Comment l’enrayer ?

La lutte contre la corruption fait partie des priorités de mon gouvernement. J’y consacre tous les jours au moins deux heures de mon temps. Ce n’est pas facile car nous souffrons en Tunisie de l’économie informelle, notamment dans le Sud avec une frontière libyenne qui fait vivre beaucoup de gens. C’est complexe à un moment où l’économie tunisienne fait elle- même face à des difficultés. Mais nous sommes très motivés. On travaille à identifier et à démanteler les réseaux mafieux. Et il y aura des têtes derrière qui vont naturellement tomber.

La lutte antiterroriste fait aussi partie de vos priorités. La coopération sécuritaire s’est renforcée, notamment avec les Américains. Cela ne vous crée- t-il pas en retour des obligations ? Selon le « Washington Post », des drones américains décolleraient de Tunisie vers la Libye pour y mener des actions d’espionnage, notamment au-dessus du bastion de l’organisation Etat islamique (EI) à Syrte. Est-ce exact ?

La réponse est non. La coopération sécuritaire entre la Tunisie et les Etats-Unis est très élevée. Avec les Européens, les Etats-Unis sont le pays qui a le plus aidé la Tunisie en matière sécuritaire ces dernières années. Nous sommes satis- faits du niveau de la coopération militaire avec les Américains, même si ce sujet peut susciter de la polémique en Tunisie. Nous ambitionnons d’avoir bien plus de coopération tant que c’est fait pour protéger notre territoire. Nous sommes en train de mettre en place un système de sécurisation de nos frontières. Dans ce cadre, nous nous dotons d’équipements, d’infrastructures, de technologies modernes en collaboration avec nos amis européens et américains. Mais il n’y a pas de drones qui décolleraient de chez nous vers la Libye.







mercredi 25 mars 2015

Polarisation politique et montée des partis laïques


Ennahda


Le parti Ennahda a été jugé en grande partie responsable de ces événements. La plupart des partis d’opposition ainsi que des Tunisiens favorables à la laïcité, et même certains islamistes, accusent Ennahda d’avoir encouragé la montée du salafisme en Tunisie. Certains groupes, dont le comité indépendant d’enquête et de suivi de l’affaire Chokri Belaïd créé par des proches de ce dernier peu après son assassinat, ont même tenté d’attribuer directement les assassinats à Ennahda. Ils ont également blâmé le parti d’avoir soutenu un durcissement religieux après la révolution et d’avoir cherché en priorité à nouer le dialogue avec les ultraconservateurs plutôt qu’à
les affronter. Beaucoup de Tunisiens accusent aussi certains membres du parti au pouvoir d’avoir entretenu des relations étroites avec les salafistes, dont certains djihadistes maintenant liés aux assassinats.
Ainsi, la décision d’Ennahda de désigner Ansar al-Charia comme organisation terroriste, après que certains de
ses membres eurent été soupçonnés d’avoir joué un
rôle dans les assassinats, a été prise sous l’effet des énormes pressions exercées par les partis d’opposition. Au lendemain des assassinats, ceux-ci se sont unis pour créer le Front populaire, l’Union pour la Tunisie et le Front de salut national, et ont lancé un appel au renversement du gouvernement. Divisés entre eux avec d’une part,

une aile dogmatique et, d’autre part, une aile plus pragmatique, de nombreux membres d’Ennahda étaient farouchement opposés à la désignation d’Ansar al-Charia comme organisation terroriste. L’aile dogmatique du
parti a accusé ses dirigeants de réprimer un mouvement islamiste en grande partie pacifique comme l’avait fait Ben Ali dans les années 1990, en soutenant que cette façon d’agir ne faisait que favoriser la radicalisation. En fait, beaucoup de salafistes ont quitté Ansar al-Charia après sa désignation comme organisation terroriste. Certains sont partis par crainte des conséquences légales, alors que d’autres étaient simplement scandalisés par les allégations du gouvernement selon 
lesquelles des membres de l’organisation avaient joué un rôle dans les assassinats. Ceux qui sont restés sont les membres les plus radicaux qui mènent maintenant leurs activités dans la clandestinité, ce qui, au bout du compte, ne fera que rendre la tâche de les maîtriser plus difficile pour le gouvernement.
L’aile jeunesse d’Ennahda s’est particulièrement opposée à la désignation d’Ansar al-Charia comme organisation terroriste. Bien des jeunes membres sont idéologiquement près de l’aile dogmatique et des salafistes. Selon des sources internes, dès mars 2012, lorsqu’Ennahda a décidé d’abandonner l’idée d’inclure une mention de la charia dans la Constitution, jusqu’à 20 % des jeunes membres ont quitté le parti. D’autres démissions, dont celles de membres haut placés du parti, ont été signalées à la suite de la désignation d’Ansar al-Charia comme organisation terroriste et de la crise au sein du gouvernement. À la fin de novembre 2013, les membres majoritaires du bureau régional d’Ennahda à Gafsa ont démissionné, invoquant des différends avec les dirigeants du parti.
Alors que certains membres de l’opposition politique laissent croire à une scission au sein d’Ennahda, il est plus probable que le parti accélérera l’application de sa décision de séparer le mouvement religieux de son aile politique. Une telle mesure aurait pour effet d’apaiser bon nombre des militants qui accusent les islamistes au pouvoir de pragmatisme et croient que la religion a souffert du fait d’avoir été associée à la politique. Comme premier indice de cette séparation, le dirigeant d’Ennahda, Rachid Ghannouchi, a créé
un « Comité 21 » dirigé par Zied Ladhari et d’autres pragmatistes, qui deviendra probablement une force importante au sein de l’aile politique du parti.
Contrairement à la situation en Égypte, Ennahda demeurera une
force importante sur la scène politique tunisienne malgré l’opposition du parti Nida Tounes. Dirigée par Béji Caïd Essebsi, cette coalition jouit, selon les récents sondages, du soutien d’environ 30 % de la population, soit un peu plus qu’Ennahda. Toutefois, il est peu probable qu’elle arrive mieux qu’Ennahda à régler les difficultés politiques et économiques et les problèmes liés à la sécurité auxquels se heurte
la Tunisie, et ce, à cause de sa fragmentation idéologique. En fait, Nida Tounes regroupe d’anciens membres du Rassemblement démocratique constitutionnel (RCD), le parti de Ben Ali, ainsi que
des membres des partis destouriens, des gauchistes, des militants 
syndicaux et des indépendants. La présence de ces divers courants idéologiques a été une source de division, à tel point que le parti
n’a pas encore réussi à tenir sa conférence de fondation. Les membres n’arrivent pas à s’entendre sur la question de savoir si les dirigeants devraient être élus ou nommés, puisque les gauchistes, les indépendants et les membres des partis destouriens craignent que le RCD ne domine le parti.

Conséquences à court et à long terme pour la Tunisie et la région

La scission interne a aussi empêché Nida Tounes de créer une aile jeunesse. L’idée selon laquelle la création du parti et la nomination des membres pourraient être confiées à des jeunes n’a pas retenu l’attention. Nida Tounes n’arrivera probablement pas lui non plus à éliminer les causes profondes de la radicalisation des jeunes. On peut plutôt s’attendre à ce qu’il suive l’exemple d’Ennahda et recoure principalement à la force pour contrer les menaces djihadistes croissantes.
L’impasse politique actuelle et l’arrivée au pouvoir probable d’un gouvernement technocrate à l’issue du dialogue national ne font
que retarder les vastes réformes socioéconomiques et liées à la sécurité nécessaires pour lutter contre la radicalisation et empêcher les djihadistes d’entrer en Algérie et en Libye. En fait, les autorités n’ont pas encore élaboré de stratégie pour gérer le retour éventuel des 2 000 Tunisiens qui se battent actuellement en Syrie. Comme
le gouvernement technocrate sera surtout chargé d’organiser les prochaines élections, on ne peut s’attendre à ce que les conditions de sécurité en Tunisie s’améliorent de façon marquée à moyen terme.

Ces sombres perspectives ne devraient toutefois pas mener à une surestimation de la menace djihadiste en Tunisie. Loin d’être des acteurs dominants, les djihadistes salafistes en Tunisie jouissent beaucoup moins de l’appui de la population que ceux en Libye voisine, par exemple. Même la plupart des Tunisiens qui appuient le djihad en Syrie s’opposent à une telle lutte en sol tunisien. En outre, la topographie de la Tunisie ne se prête pas à des opérations djihadistes massives, contrairement à la vaste région du Sahel dans les pays voisins ou aux montagnes de l’Algérie. De plus, la majeure partie
de la région du mont Chaambi, relativement petite (70 kilomètres carrés), a été bombardée ou est surveillée par les forces de sécurité. 


La frontière avec la Libye est maintenant mieux sécurisée grâce à l’établissement d’une zone tampon en août 2013. Cela dit, ce n’est qu’en adoptant une stratégie plus diversifiée en matière de sécurité et en coopérant de plus près avec les services de sécurité de la région que la Tunisie pourra atténuer la menace djihadiste. 


dimanche 22 mars 2015

Polarisation politique, radicalisation des jeunes et conséquences pour la région


Marginalisation et radicalisation des jeunes 


La tenue des premières élections libres et équitables en Tunisie
à l’issue du « printemps arabe » a été proclamée partout dans le monde comme un modèle de réussite. Toutefois, peu d’attention
a été accordée au fait que seulement 27 % des jeunes ont voté. Désillusionnés par la politique, ils étaient nombreux à penser que ni les partis laïques engagés dans des querelles intestines, ni l’option islamiste, Ennahda, ne tenaient compte de leurs préoccupations. L’incapacité de ces partis à les intégrer en témoigne d’ailleurs. En fait, alors que les jeunes âgés de moins 30 ans représentent 50 % de la population, seulement 4 % des membres de l’Assemblée constituante font partie de ce groupe d’âge. Cet état de choses a amené bien des jeunes à accuser leurs dirigeants de s’être « approprié » la révolution.

À cette marginalisation politique s’ajoute la situation économique difficile en Tunisie, dont les jeunes sont les principales victimes. Peu après la chute du régime de Zine el-Abidine Ben Ali en janvier 2011, un sondage d’opinion a révélé que la plupart des jeunes Tunisiens s’attendaient à ce que leur situation s’améliore dans les deux prochaines années. Pourtant, presque trois ans après la révolution, les étudiants d’université connaissent les taux de chômage les plus élevés au pays. En ce moment, environ 34 % des titulaires d’un diplôme universitaire sont sans emploi, soit presque 10 % de plus qu’avant la révolution. Cette situation est étroitement liée à un autre problème nouveau : le nombre croissant de jeunes qui ne se rendent pas à la fin de leurs études. Les étudiants ne se présentent pas aux cours et aux examens parce qu’ils sont convaincus qu’un diplôme universitaire ne leur ouvrira pas de portes sur le marché du travail.
Dans un tel contexte, les jeunes Tunisiens deviennent particulièrement susceptibles de se livrer à des activités criminelles et de se tourner vers l’islam radical. En fait, la plupart des salafistes en Tunisie, y compris ceux qui appartiennent à la mouvance djihadiste violente, sont âgés de moins de 30 ans, et leurs rangs ne cessent de grossir. Pourtant, les causes de la montée du salafisme en Tunisie sont complexes, d’autres facteurs à l’échelle nationale et régionale entrant en jeu. Par exemple, les libertés nouvellement acquises
à la suite de la révolution ont permis à des prédicateurs, souvent 
d’Arabie saoudite, de se rendre en Tunisie pour propager leurs croyances ultraconservatrices. En outre, le gouvernement intérimaire de Béji Caïd Essebsi a libéré tous les prisonniers politiques, dont 300 djihadistes salafistes d’expérience.
Parmi ces prisonniers figurait Abou Iyad qui, dès sa mise en liberté, a fondé Ansar al-Charia, le groupe salafiste le plus important en Tunisie. Cette organisation n’a pas tardé à prendre de l’ampleur, ayant attiré quelque 5 000 personnes lors de son premier congrès tenu en mai 2012 à Kairouan. Elle a concentré ses activités sur la dawa, soit la prédication et la propagation de l’islam, ainsi que sur des œuvres
de bienfaisance. Les dirigeants et certains des membres du groupe croient au djihad, mais Abou Iyad ne cesse d’insister sur le fait que la Tunisie ne s’y prête pas. Par contre, il a appuyé ouvertement le djihad dans d’autres pays de la région.
De nombreux jeunes Tunisiens ont combattu dans la guerre contre le colonel Kadhafi, ce qui leur a permis de suivre un entraînement et d’obtenir des armes qui ont souvent été introduites illicitement en Tunisie. L’intervention de la France au Mali a aussi incité certains Tunisiens à se battre aux côtés des séparatistes touaregs et des rebelles islamistes liés à al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI). Lorsqu’ils ont été évincés du nord du Mali, certains combattants sont partis pour la Tunisie et se sont cachés dans la région du mont Chaambi ainsi que dans le gouvernorat du Kef. À l’heure actuelle toutefois, la Syrie est plus attirante, quelque 2 000 Tunisiens se battant contre le régime Assad aux côtés des membres du Front al-Nusra.
Les assassinats, en février et juillet 2013 respectivement, de
Chokri Belaïd et de Mohammed Brahmi—tous deux figures de proue de l’opposition politique qui critiquaient farouchement le gouvernement islamiste—découlent directement de ce processus de radicalisation

et, plus particulièrement, de l’union des forces djihadistes nationales et régionales. Bon nombre des personnes qui auraient joué un rôle dans les assassinats avaient suivi un entraînement à l’étranger avant de soutenir la cause djihadiste en sol tunisien. De même, le modus operandi des responsables du massacre sanglant de membres des forces de sécurité au cours des derniers mois rappelle celui des islamistes radicaux ayant des liens avec al-Qaïda.


dimanche 8 février 2015

Des incompétents au gouvernement

La trahison en politique


Beaucoup de gens ont cru au messie et ont voté pour le parti Nidha Tounes les yeux fermés. Les Tunisiens étant des petits moutons, des qu'un monstre en costume cravate sachant parlé a la camera il n'aura pas fallut attendre longtemps pour trouvé le père de la nation en Beji le Caid du dictateur Ben Ali. Le parti se présentait comme un rempart contre l'islamiste rampant en Tunisie. Le parti Nida Tounes avait promis qu'il ne s'associerait jamais avec les islamistes d'Ennadha et qu'il fallait rejeté se parti aux oubliettes de l'histoire. Après avoir voté pour c'est ex RCD du dictateur Ben Ali. Les voilà maintenant qu'il s'associé avec Ennhada des les élections remportées. Comme quoi les Tunisiens en politique sont des menteurs nés et qu’une fois acquit la victoire, il se partage entre eux le gâteau et le pouvoir. Nida tounes ne vaut pas mieux que la bande des freres musulman d'Ennahda. Et c'est représentant au parlement, à part Khemais Ksila et Abdelazis Kotti, ils sont tous des larbins du patron Beji le Caid d'Ennahda.

Le programme du parti majoritaire en Tunisie, il ne tient qu’à plusieurs mots: clientélisme, magouille, affairisme et incompétence. Ne nous voilons pas la face, Nida tounes fait ce que les singes barbus ont fait pendant 3 ans précédemment, CAD de l'escroquerie électoral en promettant mont et merveille. Nida tounes sait associé a Ennahda, gardé le pouvoir en offrant des miettes aux autres partis dans le gouvernement. ...
D'ici peut de temps ont entendra les singes du parti Nida tounes qu'ils travailleront pour le pays, avec des discours a dormir debout. Mais au font se parti manque de maturité, na aucune expérience en politique si ce n'est le clientélisme et l'incompétence, rien ne sortira de bien pour le citoyen lambda.

Tenaient vous bien avec Nida Tounes ont inventé des ministres sans limites ! la Tunisie est un pays de pauvre en apparence, nous avons 23 ministres, plus que la France.
Et ce n'est pas fini, ça continue avec des nouveaux postes de ministre :
Ministre auprès du chef du gouvernement chargé des relations avec l’Assemblé, un ministre qui fait le postier avec l'assemblé. Poste qui a été attribué au Lezard de Akremi !

Ministre auprès du chef du gouvernement chargé des relations avec les institutions constitutionnelles et la société civile : Un poste qui ne sert strictement à rien que l'ont a donné a un clienteliste de Kamel Jendouba. Celui la meme qui pleurnichait a la télévision par ce que il avait été ejecté de sont poste d'organisateur des élections sous le gouvernement d'Ennada
Et pour finir, ce sont 15 postes de secrétaire d'état qui ont été crée ou les élus toucheront le salaire d'un ministre ....

Alors que vous dire de plus que cette bande de singe que vous avez élu vont rendrons la pièce dans 4 ans lorsque le pays sera en faillite et qu'il faudra remboursé les milliards que les occidentaux ont prêté aux incompétents d'antan.

Je terminerais en vous disant que ceux qui sont élus mon déçu au final, ce sont partagé le pouvoir entre eux, mais que le plus pire c'est que ce sont des incompétents et des singes du cerveau qui coûterons très chère aux pays. La victoire de Nida Tounes qu'ils ont obtenues a été fait sur la duplicité, le mensonge et la trahison de l'électeur qui pensait que ce parti allait réformé le pays et le préparé pour le future. La moralité de l'histoire c'est qu'il ne faut plus donné c'est voix d'electeur a un seul parti majoritaire, une fois en place celui la ne vaudras pas mieux que les islamistes d'Ennahda. Le monde et la mondialisation de l’économie ne nous attendra pas, le train avance et que ceux qui sont sur le coté continue a regardé le train passé et tanpis pour eux ...

Chère électeur mouton, les menteurs et et les affairistes vous remercie pour vos voix que vous avez donné. Nous avons gagné le gouvernement le plus fantastique et les plus idiots de la Tunisie !



Politique Tunisie

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mardi 3 juin 2014

Le syndrome de Siliana

Justice du moyen age




Tunisie corruption



Tribunaux défaillants et prisons engorgées, corruption, procédures tantôt expéditives, tantôt trop longues. La justice tunisienne, inégalitaire et où prévaut l’arbitraire, est à l’image du pays.

Bien mieux que tous les sondages d’opinion, les prisons nous renseignent sur l’état d'une société. Avocats et magistrats défaillants, tribunaux et prisons engorgés, procédures expéditives ou au contraire exagérément longues... le constat est sans appel: la société tunisienne ne se porte pas bien. Elle fait payer aux habitants des régions les plus pauvres et les plus délaissées le lourd tribut de ses archaïsmes et injustices. A eux la peine maximale. Résultat d'une justice à deux vitesses, de classe, implacable avec les faibles et indulgente avec les riches. La majorité des prisonniers sont pauvres et analphabètes, natifs des régions enclavées de Tunisie.

Ainsi, le quart des condamnés à mort est originaire du gouvernorat de Siliana. Ceux provenant de Jendouba, du Kef, de Sidi Bouzid ou de Gafsa, sont aussi surreprésentés. Telle est la géographie de la peine de mort, les inégalités socio-économiques expliquant en partie cette distorsion flagrante. La condamnation à mort paraît parfois la sentence d’une justice inéquitable, les arrestations découlant de la signature forcée des aveux, arrachés sous la torture au poste de police.

Quatre Tunisiens ont mené une mission d’enquête inédite dans les couloirs de la mort. Le journaliste Samy Ghorbal, la juriste Héla Ammar, la psychologue Hayet Ouertani et la biogueuse Olfa Riahi, exposent dans Le Syndrome de Siliana les défaillances du système judiciaire et pénitentiaire depuis Bourguiba, plaidant ainsi pour l’abolition de la peine de mort. A partir de chiffres nombreux et de données précises, de témoignages aussi éloquents que choquants, ce livre-enquête est le fruit d’un rigoureux travail d’investigation mené dans les couloirs de la mort. Il apporte un éclairage précieux et inédit sur la réalité de l’univers carcéral tunisien, tandis qu’il pointe les dysfonctionnements d’un système judiciaire où prévaut l’arbitraire.

Même si l’on pénètre dans le secret des prisons de la Monarguia ou de la Manouba, celles de Sfax ou du Sers, on se heurte toujours au tabou du suicide des condamnés. Il n’existe aucun chiffre à ce sujet. Grèves de la faim pour protester contre des conditions de détention parfois inhumaines, automutilations, violences, maladies chroniques, abus en tous genres s’inscrivent dans le quotidien des pavillons de la mort. Jusqu’en 1996, date des regroupements cellulaires, les prisonniers étaient enchaînés et reclus dans l’isolement.

Aujourd’hui, le sujet cristallise encore les tensions qui traversent le pays, bien que le président de Moncef Marzouki ait par deux fois gracié des condamnés à mort, en 2012 et 2013, en commuant leur peine en réclusion à perpétuité pour certains. Loin d'excuser les actes que certains prisonniers ont commis, les auteurs s’interrogent sur la peine de mort et l’équité d'un système judiciaire et carcéral qui semblent s’acharner sur les plus défavorisés.

Tout au long de l'histoire moderne de la Tunisie, la peine capitale a souvent été utilisée à des fins politiques. Les principales victimes sous Bourguiba ont été les instigateurs du complot de 1961, les yousséfistes, les étudiants islamistes ou encore les émeutiers de la « révolte du pain» de 1984. Même si depuis une vingtaine d’années prévaut un statu quo que l’on peut résumer à « ni exécution ni abolition », le châtiment persiste dans la loi pour créer un effet dissuasif tout en donnant une bonne image du pays sur la scène internationale.

L’Etat semble comme écartelé entre son désir de se mettre au diapason des standards internationaux en matière des droits de l'Homme et le principe d’islamité. Car même si le droit criminel tunisien est sécularisé, les châtiments corporels existent dans la charia et certains crimes peuvent justifier la peine de mort. C’est sur la base de cet argument que le parti Ennahdha peine à décider l’abolition, d'autant que cette mesure n’est pas soutenue par une franche volonté populaire. On se souvient que lors de l’abolition de la peine de mort en France, en 1981, 63% des Français étaient contre. Les dirigeants de l’époque, le ministre de la Justice Robert Badinter en tête, ont pourtant eu le courage nécessaire pour l’imposer. Verra-t-on un jour des dirigeants de cette envergure en Tunisie? Hélas, le débat sur la peine de mort est encore l’otage d’un affrontement dogmatique et stérile entre conservateurs et progressistes. Les conditions politiques n’étant pas encore réunies, le chemin vers une vrai justice risque d’être lent et semé d’embûches.


mercredi 21 mai 2014

Les militaires font de la politique

Des militaires a la tête des régions tunisienne





Militaire Tunisie
Des militaires et des membres du ministere de l'interieur sont vos nouveaux gouverneur !


Dorenavant vous devrez etre au garde a vous. Dans toute dictature, les militaires ont le pouvoir suprême d'occupé des postes politique sans etre élus par la population. La Tunisie n’échappe pas à la regle suivante. Désormais et ainsi le gouvernement du premier ministre Medhi Jomaa a décidé de nommé des militaires pour occupé des postes de gouverneur. Les 3 regions ou les militaires de la defense et du ministere de l’interieur contrôle le territoire sont décris plus bas dans l’article.  ....
Le gouvernement justifie c'est choix par le faite que les militaires et les fonctionnaire du ministere de l’interieur nommé aux postes de gouverneur sont compétent, fiable et que il n'y a pas dans l'administration publique des citoyens capable d'administré une région entière.

Evidemment comme dans toute dictature les hommes politique n'en pipe mot et ne vous donnerons jamais le nom des régions ou les militaires ont pris le contrôle. cela dans le but que les citoyens reste bete et asservis par le pouvoir politique. Comme au temps de du dictateur Ben ali, les mêmes méthodes se répète, c'est a pensé que le peuple tunisien est inculte et qu'il ne mérite pas d’être informé ...
Et tout cela c'est secrétaire d’Etat aux affaires régionales et locales, Abderrazak Ben Khelifa qui le repete aux medias.

En tout cas faudra que l'ont m"explique en quoi des militaires ont une parfaite connaissance des régions et de leurs préoccupations en matière de développement ? Question évidemment qui restera sans réponse, car les militaires sont la pour faire la guerre, et non du développement économique. 
Et tout ce beau monde beneficie d'un salaire de 3000 a 4000 dinars par mois avec les avantages qui vont avec bien sur. Pour un pays endetté jusque au coup et de crève la faim, voila un mauvais exemple de gestion public qui continue chez nous.


Des amateurs et du n'importe quoi dans le clientelisme


Parmis c'est gouverneur, ont trouve des gouverneurs issus du ministere de l'interieur et des clowns qui ont géré des fermes agricole. Petit tours d'horizon des clowns nommé gouverneur et qui vont touché le jackpot.

Militaire : Tahar Matmati, nommé comme nouveau gouverneur du Kef est né le 10 octobre 1953 à Bizerte. Le Taher Matmati exerce le poste de gestionnaire administratif au sein du cabinet du ministre de la défense. Donc un militaire qui n’a aucune expérience de la chose publique !

Ministere de l'interieur : Monsieur Atef Boughatass est nommé gouverneur de Kasserine, il est né le 29 janvier 1974 à Bizerte. 

Il a un certificat d'études supérieures en marketing et un master en E-Commerce.  Il a travaillé dans un tribunal cantonal en tant que gestionnaire des dossiers administratif. 
Il a  a intégré le ministère de l'Intérieur le 7 avril 2012 en tant que premier délégué de Sousse puis Sfax.

Militaire: Mustapha Ben Moussa est le nouveau gouverneur de Gafsa et il est né le 19 janvier 1953 à Zaghouan. Il a occupé le poste de gestionnaire de matériel militaire au sein du ministère de la défense et a acquit une expérience dans le domaine de gestion de projets agricoles rurale dans le domaine du monde agricole.
Mohamed Mansouri nommé gouverneur de Tozeur est né le 5 février 1960 à Kasserine. 
Il détient une licence en gestion sociale de l'Institut national de l'emploi et des études sociales. Membre du ministere de l’interieur, celui reste discret sur c’est fonction passé …

Ministere de l'interieur: Mohamed Mansouri a été nommé gouverneur de Tozeur et est née le 5 fevrier 1960 a Kasserine et a intégré le ministère de l'Intérieur depuis 9 ans maintenant.   
Il a également intégré le ministère du tourisme en tant que directeur de la cellule d'encadrement des investisseurs. Tout un programme c’est investisseur fantome ! 
Mohamed Mansouri est, depuis 2012, secrétaire général du gouvernorat de Bizerte aussi ....
Fermier : Saber Mednini, le nouveau gouverneur de Tataouine est né le 21 août 1968 au Kef. 
Il a exercé en tant que gestionnaire d'une ferme agricole pour aller rejoindre ensuite en 2000 le ministère de l’agriculture et occuper le poste de directeur de formation professionnelle agricole dans plusieurs régions à savoir Siliana, Sidi Bouzid, Kasserine et de Béjà. Il sait doté d’une expérience administrative dans la gestion des fermes au niveau administrative et dans l'encadrement des agriculteurs et des activités de formation dans le domaine. Les fermier dans les regions vont etre content de trouvé une oreille attentive ….



dimanche 13 avril 2014

Emprunt national en 2014

L'arnaque de l'emprunt national du gouvernement



Emprunt national en Tunisie


La Tunisie est un des pays qui comptent le plus de milliardaire et de millionnaire sur le continent africain. Le président Medhi Jomaa a annoncé cet semaine la création d'un emprunt national pour financer les priorités du gouvernement a savoir payer le train de vie et les salaires de l'état. Ce n'est meme pas pour investir dans les regions ou pour les infrastructures, non, c'est juste pour depensé sans compter. Le montant et les modalités de cet emprunt, sera lancé auprès des tunisiens du pays et des tunisiens résident a l'étranger.

Depuis que les incapables sont a la tête de l'état et que le dictateur Ben ali se la coule douce dans sa villa en Arabie Saoudite, aucune mesure na été prise pour instauré la démocratie en Tunisie. Aucune reforme de l'état, de l'enseignement, de l'économie na été prise en considération. On continue avec le même système dictatoriale, sauf que maintenant les mafias ont le champ libre pour continuer à engranger plus d'argent. La lutte contre la corruption, la lutte contre la contrebande des marchandises qui passe illégalement les frontières, la lutte contre l'évasion fiscale, la reforme fiscale des professions libérales, attendra bien un siècle de plus.

En outre, lancer un emprunt auprès des particuliers est un montage financier qui peut se révéler plus coûteux pour l'Etat que la voie classique de financement sur les marchés. L'Etat va bien sûr devoir faire appel aux banques de détail pour mettre en place l'opération auprès de leurs clients. Au passage, l'Etat va donc devoir leur verser des commissions. Par ailleurs, il faudra que le taux de rendement soit suffisamment élevé - donc attractif - pour que la collecte n'échoue pas - auquel cas ce serait une catastrophe politique. Donc au final, ce sont les mêmes établissement qui vont s'enréchir sur le dos des pigeons.

Maintenant que la crise des liquidités frappe dans les comptes de l'état, notre panda de premier ministre c'est mis dans l'idée lumineuse de trouvé de l'argent et de vous demandez d'investir dans les bons d'état. Pour cela 1 milliards de dinars en bons d'état serons mis sur le marché, au pris de 100 dinars le bons.

Si vous êtes acheteur, je vous le déconseille fortement. Avec les menteurs et les mafiosi qui s'enrichisse chaque jour et qui sont au dessus des lois, votre argent ne servira qu’a payé le train de vie des c'est messieurs en costume cravate. Plus personne ne veut prêter à des singes, les incapables qui gouvernent le pays ne veulent pas appliquer la bonne gouvernance, ils se contentent de mendier votre argent a l'etranger.

Ce qu'il faut faire c'est aller cherché l'argent la ou il se trouve, et entreprendre des reformes pour renflouer les caisses de l'état. Ce ne sont pas aux plus pauvres de payer pour l'incompétence de ceux qui nous gouverne. Quand à moi je ne donnerai pas un euro à une bande de singe et de menteur qui ne veulent pas d'une Tunisie démocratique et forte économiquement. Personne ne va vous prété de l'argent, car vous etes une bande de looser sur tout les plans. J'attendrais bien sagement la fin de cet arnaque national dans mon fauteuil en pensant au futur victimes qui vont donné un cheque en blanc a une bande de singe qui dépense sans compter

jeudi 6 février 2014

Printemps arabe

Le printemps arabe n’a pas dit son dernier mot



Printemps arabe


Trois ans après le début d’un mouvement qui a emporté les dictatures de Zine El-Abidine Ben Ali, Hosni Moubarak et Mouammar Kadhafi, la contestation dans le monde arabe, menacée par les ingérences étrangères et par les divisions confessionnelles, cherche un second souffle. Si la Syrie vit le pire des scénarios, la Tunisie confirme que l’aspiration à la citoyenneté et la recherche de compromis peuvent déboucher sur des avancées réelles.

A ses débuts, le « printemps arabe » a fait voler en éclats les préjugés occidentaux. Il a mis à mal les clichés orientalistes sur l’incapacité congénitale des Arabes à concevoir un système démocratique et ébranlé la croyance selon laquelle ils ne méritaient pas mieux que d’être gouvernés par des despotes. Trois ans plus tard, il s’est obscurci. Les incertitudes restent entières quant à l’issue du processus, qui entre dans sa quatrième phase.

La première étape, achevée en 2011, vit déferler une gigantesque vague de revendications concernant la dignité et la citoyenneté, nourrie de protestations massives et spontanées. L’étape suivante, en 2012, fut celle d’un repli des luttes sur leur contexte local et de leur ajustement à l’héritage historique de chaque pays. Simultanément, des forces extérieures commencèrent à réorienter ces conflits dans des directions plus périlleuses, conduisant les peuples dans la situation qu’ils connaissent aujourd’hui.

L’année dernière, on a donc assisté à une troisième phase, marquée par l’internationalisation et par l’ingérence de plus en plus agressive des puissances régionales et occidentales. La focalisation sur les rivalités entre sunnites et chiites s’est généralisée à tout le Proche-Orient, poussant chaque Etat et chaque société à se polariser sur l’axe des identités confessionnelles. L’antagonisme entre islamisme et sécularisme s’est durci à grande échelle. Le danger vient de ce que les rivalités géopolitiques et les tensions religieuses l’emportent sur les spécificités de chaque pays et semblent réduire les acteurs locaux à des marionnettes aux mains de puissances étrangères.

La comparaison entre la Syrie, Bahreïn, l’Egypte et la Tunisie révèle un spectre multicolore d’influences internationales. Dans les deux premiers pays, les interventions extérieures ont attisé la guerre civile et galvanisé les franges les plus radicales des insurgés. En Egypte, le soutien occidental à la politique autoritaire du nouveau régime a laminé les motivations démocratiques initiales. Seule la Tunisie paraît engagée sur une voie prometteuse, dans la mesure où elle reste relativement épargnée par les affrontements géopolitiques, religieux et idéologiques qui ont balayé la région.

Dans chacun de ces pays, toutefois, le « printemps arabe » a laissé l’empreinte indélébile d’une mobilisation populaire dans laquelle les citoyens ont pris conscience de leur force. Il a ouvert des espaces de contestation que l’Etat ne peut plus refermer qu’au prix d’une répression politiquement coûteuse. Si incertain que soit l’avenir, l’ordre de fer qui prévalait auparavant s’est bel et bien effondré.

En Syrie, la guerre est née d’un mouvement de désobéissance civile rapidement transformé en soulèvement populaire de grande ampleur. La réaction brutale du régime aux premières alertes a échoué à intimider les manifestants, mais elle a amorcé un cycle dévastateur de protestations et de répression. Si l’appareil militaire du président Bachar Al-Assad a vite anéanti l’espoir d’une révolution pacifique, ce sont les calculs géopolitiques et les enjeux confessionnels venus se greffer sur elle par la suite qui ont précipité l’insurrection dans une guerre civile abominable : à ce jour, cent vingt mille morts, deux millions et demi de réfugiés et quatre millions de déplacés.

Depuis toujours, la Syrie se caractérise par la diversité de ses traditions religieuses et communautaires. En exploitant les tensions internes, les puissances extérieures ont brisé cette fragile mosaïque. Le pays revêt une importance centrale dans un Proche-Orient où s’entrechoquent les intérêts des Etats-Unis, d’Israël, de l’Arabie saoudite, du Qatar, de la Jordanie, de la Turquie et de l’Iran. L’ancestrale division de cette partie du monde entre les deux tendances rivales de l’islam, le sunnisme et le chiisme, a été exacerbée par ces Etats ambitieux pour tenter d’accroître leur influence.

Le clan des Alaouites qui forme le régime de M. Al-Assad est considéré comme faisant partie d’un arc chiite allant de l’Iran au Liban du Hezbollah, tandis que les groupes de rebelles appartiennent pour la plupart au camp sunnite. Mais cet antagonisme recouvre un échiquier autre- ment plus nuancé. Tout comme les moud- jahidins afghans des années 1980, l’op- position syrienne manque cruellement de cohésion. Ses représentants à l’étranger connaissent mal ou pas du tout les groupes armés qui se battent sur le terrain. Ceux- ci vont chercher leurs soutiens ailleurs : dans le nord du pays, ils s’appuient généralement sur l’aide de la Turquie et du Qatar, tandis que dans le sud ils reçoivent armes et assistance de la Jordanie, de l’Arabie saoudite et des Etats-Unis.

Ces imbrications géopolitiques donnent lieu à des paradoxes qui contredisent une lecture strictement confessionnelle du conflit. Riyad a salué le coup d’Etat militaire en Egypte contre les Frères musulmans, qui sont pourtant de même obédience que les groupes qu’il arme sur le front syrien. Le récent dégel entre Washington et Téhéran relativise lui aussi la vision binaire souvent véhiculée par les médias occidentaux : Israël et l’Arabie saoudite s’estiment tous deux abandonnés par Washington face à Téhéran et se retrouvent soudainement alliés de facto.

Le clivage entre forces laïques et islamistes pèse également. Si l’Armée syrienne libre (ASL) revendique son ancrage séculier, la plupart des autres groupes composent une marqueterie reli- gieuse qui va des islamistes modérés aux djihadistes proches d’Al-Qaida en passant par les salaf istes. Difficile, par ailleurs, d’évaluer dans quelle mesure les factions les plus radicales, comme Ahrar Al-Cham ou l’Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL), manifestent une véritable conviction religieuse ou utilisent leur enseigne à des fins plus prosaïques. Reste que cette fragmentation, source de discordes croissantes, a ouvert un second front au sein même du camp insurgé, comme le montrent les combats meurtriers qui ont opposé début janvier l’ASL et l’EIIL dans le nord de la Syrie. Cette dispersion de la guerre civile n’est pas étrangère à la survie du régime de M. Al-Assad.

On présente souvent le conflit syrien en termes de simple mécanique : quand le pouvoir s’affaiblit, l’opposition se renforce, et inversement. C’est oublier que l’argent et les armes ne font pas tout dans une guerre, et qu’il faut aussi des ressources en hommes. Or, sur ce plan, la pénurie menace constamment le régime de Damas. Le renfort des forces Al-Qods d’Iran, des unités du Hezbollah libanais et des milices locales (chabiha) est donc vital à la préser- vation de sa puissance militaire. Le recours à l’arme chimique n’étant plus une option, le pouvoir dépend plus que jamais de ses supplétifs étrangers.

Les Frères musulmans foudroyés


PRINCIPALE source d’inquiétude : la radicalisation nouvelle de l’opposition et du régime syrien. Le Front Al-Nosra et l’EIIL, qui se réclament tous deux d’Al-Qaida, profitent largement de l’aide venue du Golfe. L’Arabie saoudite a aussi accru son implication en soutenant des groupes non affiliés à la mouvance terroriste fondée par Oussama Ben Laden, bouleversant ainsi le rapport de forces au sein de l’opposition. Et, de son côté, l’armée régulière a profon- dément changé. Depuis la bataille de Qoussair, en mai-juin 2013, les forces Al-Qods et le Hezbollah ont redéployé la troupe en petites unités mobiles organisées comme des milices.

Pour toutes ces raisons, les puissances étrangères se soucient peu de faire cesser le conflit. Les Etats-Unis ne peuvent se permettre une nouvelle guerre et s’accommodent de voir leur hégémonie battue en brèche au Proche-Orient, leur stratégie consistant désormais à privilégier l’Asie. Dans la logique de la realpolitik américaine, Washington n’a plus les moyens d’empêcher un pourrissement de la question syrienne : comme l’a indiqué le consultant Edward Luttwak dans le New York Times (1), la sagesse commande de laisser les belligérants s’entre-tuer autant que possible, car le triomphe d’une opposition dominée par les islamistes serait tout aussi néfaste pour les intérêts occidentaux que la victoire du clan Al-Assad. L’allié saoudien, lui, verrait d’un bon œil la chute du régime de Damas, et pourrait se satisfaire d’un pays morcelé, en proie au chaos, qui couperait l’axe chiite reliant le Liban et l’Iran. Une Syrie ingouver- nable constitue pour Téhéran et Moscou une option préférable à la victoire des insurgés, quitte à laisser un membre de la famille Al-Assad réduit au rôle de pantin siéger dans son palais de Damas, comme le fit un temps son homologue afghan.

Une paix à courte échéance paraît donc des plus improbables. Si les auteurs des atrocités commises sur le terrain doivent répondre de leurs actes, les puissances étrangères qui attisent ces violences endossent une large part de responsabilité. La guerre civile est devenue si épouvantable que peu se souviennent encore des cortèges de la première heure, lorsqu’un peuple réclamait simplement le droit à la dignité et à la citoyenneté. Dans cette tragédie, c’est peut-être le plus triste.
A Bahreïn aussi, les puissances étrangères démontrent leur aptitude à exacerber les tensions locales, mais d’une manière tout autre qu’en Syrie. Les premières manifestations dans cette petite île du Golfe traduisaient un désir de démocratie très largement partagé : on estime qu’à leur apogée elles ont mobilisé presque un cinquième de la population. Si l’intervention militaire du Conseil de coopération du Golfe a vite tué dans l’œuf cette aspiration collective, l’échec du mouvement s’explique aussi et peut-être surtout par l’irruption de la géopolitique et des mots d’ordre confessionnels.

Alors qu’en Syrie un pouvoir alaouite fait face à une population majoritairement sunnite, Bahreïn est une monarchie sunnite majoritairement peuplée de chiites. C’est pourquoi les intérêts respectifs des deux puissances rivales de la région, l’Iran et l’Arabie saoudite, s’y heurtent de plein fouet. Compte tenu de sa proximité géogra- phique, Riyad exerce sur son voisin un droit de regard particulièrement intrusif. Soutenue par l’Occident, l’intervention des troupes du CCG répondait explicitement au vœu de Riyad de maintenir Bahreïn dans sa zone d’influence.

Au départ, chiites et sunnites défilaient côte à côte, sur une même ligne de revendication démocratique. C’est seulement lorsque l’intervention saoudienne a eu lieu que la carte confessionnelle a évincé peu à peu les objectifs politiques. Cette captation de la dynamique locale par des intérêts extérieurs a cependant mis en lumière la fragilité du régime. Sans la perfusion financière, militaire et politique des Etats du Golfe, la dynastie Al-Khalifa ne disposerait ni des moyens ni de la légitimité nécessaires pour se maintenir au pouvoir. Sa survie ne dépend plus désormais que de ses protecteurs étrangers.

L’internationalisation du conflit a ruiné une chance historique de voir la société bahreïnie résoudre ses vieilles tensions confessionnelles par le dialogue démocratique. Alors que les mêmes causes ont entraîné l’explosion de la Syrie, à Bahreïn elles maintiennent sous respiration artificielle un régime autocratique. 

A la différence de la Syrie et de Bahreïn, l’Egypte est un pays suffisamment fort et autonome pour tenir tête aux pressions extérieures. Les grandes puissances étrangères n’en sont pas moins étroitement liées au drame politique qui s’y joue. En juillet 2013, un coup d’Etat militaire a renversé le gouvernement décrié, mais légitime, des Frères musul- mans. N’importe où ailleurs, une rupture aussi brutale du processus démocratique aurait soulevé une indignation planétaire. En Egypte, elle a pourtant reçu l’approbation des chancelleries occidentales. Les Etats-Unis et leurs alliés européens, mais aussi l’Arabie saoudite et ses voisins du Golfe, de même que la Jordanie, le Maroc et Israël, tous ont très vite endossé le coup de force militaire, qui les débarrassait d’un Mohamed Morsi démocratiquement élu mais jugé incontrôlable.

Sitôt le nouveau régime en place, l’Arabie saoudite, les Emirats arabes unis et le Koweït s’empressèrent de lui verser une aide économique de 12 milliards de dollars, soit neuf fois plus que le 1,3 milliard annuel de l’assistance mili- taire américaine. Le choix de Riyad s’explique par au moins deux raisons : d’une part, la défiance de longue date du régime wahhabite envers les Frères musulmans; d’autre part, la crainte que l’exemple de la jeune démocratie égyptienne ne fasse tache d’huile, ne donne un mandat populaire à des forces islamistes et n’enhardisse les Saoudiens à contester les dirigeants de leur pays.

Le fait que l’Occident ait cautionné le coup d’Etat militaire n’a pas accru son prestige au sein de la population égyptienne, échaudée par le message implicite selon lequel une démocratie n’est accep- table que si elle porte au pouvoir les candidats adoubés par les puissances étrangères. L’ironie de l’histoire est qu’entournant le dos aux Frères musulmans Washington et ses alliés ont saboté de leur propre chef le projet arabo-occidental d’un bloc sunnite cohérent susceptible de contenir l’influence iranienne, provoquant du même coup une insolite convergence des politiques étrangères saoudienne et israélienne.
Il est vrai que le coup d’Etat du général Abdel Fatah Al-Sissi résultait aussi d’une situation économique désastreuse et de l’impopularité croissante de M. Morsi. Même ses électeurs avaient perdu confiance dans la capacité du gouvernement à répondre aux problèmes du chômage et de la corruption. Les ambi- tions hégémoniques des Frères musulmans, qui refusaient de partager la moindre parcelle du pouvoir, ont précipité leur discrédit. Elles se sont aussi heurtées à la résistance de l’appareil d’Etat, toujours composé de policiers, de juges et de fouloul (dignitaires de l’ancien régime) viscéralement hostiles à la confrérie. Cet «Etat profond » n’a pas raté l’occasion de remonter à la surface. Une tâche d’autant plus aisée que les Frères musulmans, en bousculant des juges, des gouverneurs et des notables pour placer leurs propres hommes au sein de l’appareil d’Etat, s’étaient aussi aliéné leurs alliés potentiels au sein de la gauche et des salafistes.

La foudre qui s’est abattue sur eux signifie également la fin de l’aura d’invincibilité qui entourait autrefois l’islamisme. La confrérie n’était ni un groupe révolutionnaire ni la branche locale de quelque front terroriste international, mais une organisation plutôt conservatrice prônant la piété religieuse, le libéralisme économique et la charité envers les plus pauvres. Elle ne s’arrogeait aucun monopole sur l’islam et n’entretenait aucun lien avec les salafistes ni avec les théologiens d’Al- Azhar. Ses adeptes vivent aujourd’hui en prison ou dans la clandestinité. Plus prudents, ou plus roués, les salafistes du parti Al-Nour ont manifesté leur pragmatisme en faisant allégeance au régime militaire. Avec le«printempsarabe»,la sphère islamiste s’est à la fois diversifiée et fragmentée, tout en faisant émerger de nouvelles figures hors des cercles scolastiques et politiques traditionnels.

Rendre des comptes au peuple


Durant leur bref passage au pouvoir, les Frères musulmans se sont bien gardés d’amorcer une islamisation forcée de la société. Leur objectif consistait plutôt à consolider leur domination politique sur le terrain institutionnel. Ce n’est pas un hasard si, lors du coup d’Etat, le gouvernement Morsi s’est défendu en faisant référence à l’argument de la légitimité (chara’iya) plutôt qu’à la loi islamique (charia). A cet égard, la crainte occidentale de voir le « printemps arabe » déboucher sur une contagion islamiste au Proche-Orient paraît sans grande consistance.

En Egypte même, le coup d’Etat militaire a reçu la bénédiction du mouvement de jeunes Tamarrod, de l’Eglise copte et des formations laïques libérales. Le libéralisme revendiqué par ces dernières n’incluait manifestement pas la défense du pluralisme politique, lequel s’avère incompatible avec l’exclusion des Frères musulmans. Dès lors, le pluralisme pouvait disparaître tout à fait. La censure imposée par le nouveau régime militaire s’avère en effet plus implacable que celle qui régnait sous la présidence de M. Hosni Moubarak. Non seulement les Frères musulmans ont été rayés de la carte avec une brutalité inédite depuis l’ère du président Gamal Abdel Nasser, mais leur bannissement s’est accompagné d’une campagne nationaliste et xénophobe assimilant leurs militants à des « terroristes » à la solde de l’étranger. Conséquence inattendue de la révolution égyptienne, une présidence autocratique s’est muée en une dictature militaire qui recourt à la loi martiale et à la violence légale. Les élections n’ont pas été supprimées, mais elles se déroulent sous étroit contrôle. 

Du fait de l’interdiction des Frères musulmans et de l’atomisation de toutes les forces politiques du pays, l’armée s’est imposée par défaut. Elle ne quittera pas le pouvoir de son propre chef, du moins aussi longtemps qu’elle jouira de la complicité des puissances occidentales et des Etats du Golfe, car elle se considère comme la clé de voûte de la société. 

L’Egypte n’est pas en proie aux tensions ethniques et religieuses qui minent certains de ses voisins ; l’hypothèse d’un conflit ouvert semble donc écartée. Il n’en demeure pas moins que les militaires ne peuvent se contenter de restaurer l’ordre ancien. Le coût d’une répression massive est devenu politiquement exorbitant, et les Egyptiens ont pris goût à la force des mobilisations de masse. Le fossé entre islamisme et sécularisme risque par ailleurs de se creuser davantage. Certains Frères musulmans pourraient être tentés de prendre les armes. 

Mais la principale nouveauté, c’est l’exigence de plus en plus grande, au sein du peuple, de se voir rendre des comptes. Même lors du coup d’Etat de juillet 2013, les militaires ont dû justifier leur action, après qu’une initiative démocratique mandatée par des groupes de citoyens eut exprimé haut et fort ses inquiétudes. Le régime est désormais placé devant un choix épineux : va-t-il ressusciter le système Moubarak, avec un général Al- Sissi passant du kaki au costume-cravate, ou préférera-t-il le modèle pakistanais, où les civils ont leur mot à dire, mais laissent aux militaires leur droit de veto sur les dossiers importants ? 

En comparaison, la transition tunisienne ressemblerait presque à une promenade de santé. Menée par des acteurs locaux apparemment soucieux de stabilité et de respect des règles démocratiques, elle est restée largement épargnée par les manipulations extérieures. Cela s’explique notamment par sa géographie : bien que surveillée de près par l’ancienne puissance coloniale française, la Tunisie a rarement servi de théâtre aux compétitions géopolitiques des intérêts étrangers. Sa population est relativement homogène sur le plan religieux. La pomme de discorde la plus notable, depuis la chute du président Zine El- Abidine Ben Ali, c’est la lutte à laquelle se livrent les islamistes et les laïques.

Le parti Ennahda, d’inspiration islamiste, a gagné les premières élections libres, mais il a commis la même erreur que les Frères musulmans : il a interprété le mandat reçu comme un sésame pour le pouvoir absolu. Rapidement, la situation politique s’est détériorée, avec l’assassinat de plusieurs opposants de gauche et la montée en puissance des groupes salafistes, farouchement hostiles au pluralisme électoral. Leurs menaces ont jeté un froid au sein de la population, peu habituée à un tel climat.

En Tunisie, aucun camp ne peut prétendre à l’hégémonie, et Ennahda a d’abord formé une coalition avec deux partis laïques. Les mouvements libéraux et progressistes ont donc fini par accepter le dialogue national proposé par le gouvernement et par travailler avec les islamistes – à l’exclusion des plus radicaux, notamment les salafistes. Tous les partis de l’échiquier électoral ont convenu que le risque d’une spirale de violences politiques ne pouvait plus être ignoré. En outre, la fracture entre religieux et séculiers s’est révélée moins insurmontable que prévu. Peu de choses différenciaient finalement les islamistes modérés de leurs rivaux laïques, tandis que ces derniers reconnaissaient plus volontiers l’importance de la religion dans tout nouveau système politique.

Mais c’est surtout la remuante société civile qui a réactivé le calendrier de la transition démocratique. L’Union générale tunisienne du travail (UGTT) ainsi que l’organisation patronale de l’Union tunisienne de l’industrie, du commerce et de l’artisanat (Utica), l’ordre des avocats et la Ligue tunisienne des droits de l’homme ont donné de la voix durant le dialogue national. Ils ont fixé de nouveaux objectifs au gouvernement et appelé à la ratification de la Constitution.

L’armée, quant à elle, pèse nettement moins qu’en Egypte : peu nombreuse en effectifs et dépolitisée, elle est restée dans ses casernes depuis 2011. L’ancien régime de M. Ben Ali était un Etat policier, pas une dictature militaire. Sa gouvernance technocratique et kleptomane pouvait fort bien se passer d’une assise idéologique. C’est pourquoi la révolution tunisienne a limogé les élites de l’ancien parti unique tout en laissant intactes la bureaucratie et les forces de police, qui n’étaient pas connectées au régime. La préservation de cette ossature a contribué à maintenir une relative stabilité de l’ordre légal. En outre, l’ancienne autocratie avait mis en place une robuste structure d’institutions et de lois, qui avait certes peu servi au cours des dix dernières années de l’ère Ben Ali, mais qui peut aujourd’hui s’avérer utile pour bâtir un système démocratique fonctionnel. Précisément parce que le népotisme d’autrefois était dépourvu de toute idéologie susceptible de réapparaître, la restauration d’un Etat autoritaire paraît peu vraisemblable.
La Tunisie a la chance de pouvoir répondre à ses incertitudes par ses propres moyens, sans se préoccuper du bon vouloir des autres. Les puissances mondiales et régionales ont joué un rôle mineur dans la transition en cours. Washington n’a pas mis son veto à l’entrée d’Ennahda au gouvernement, ni favorisé tel ou tel candidat. Les Etats pétroliers du Golfe se sont abstenus de soutenir massivement leurs favoris. La France se cantonne à une neutralité circonspecte, son image restant entachée par l’indéfectible soutien qu’elle a apporté à M. Ben Ali jusqu’à l’ultime seconde de son règne. En cas de succès, l’expérience tunisienne serait reçue comme un signal d’espoir dans toute la région, et peut-être au-delà.

Des sujets devenus citoyens

Tandis que le printemps arabe entre dans sa quatrième année, il faut s’attendre à une poursuite des ingérences dans les conflits locaux et à une amplification de leurs effets délétères. Les lignes de front géopolitiques, religieuses et idéologiques déchirent maintenant tout le Proche-Orient. Ce n’est qu’en renonçant à s’immiscer dans les révolutions que le monde extérieur peut aider à les faire renaître.

On peut toutefois repérer quelques tendances plus précises pour l’année qui commence. Tout d’abord, les monarchies du Golfe risquent de peser encore davantage sur les affaires de leurs voisins arabes. La rente pétrolière leur donne une influence décisive sur des pays moins bien lotis comme l’Egypte, le Maroc et la Jordanie, où leurs aides dépassent celles du bloc occidental. Moins importantes, celles-ci ont cependant pour avantage de ne dépendre ni des cours du pétrole ni des humeurs des princes.

Ensuite, il faut souligner l’importance des pactes conclus en période de transition nationale. Dans d’autres contextes de démocratisation, comme en Amérique latine, les pactes d’accommodement entre forces rivales furent profondément institutionnalisés et acceptés par tous. Au Proche-Orient, en revanche, la logique de partition l’emporte sur la recherche du compromis, de sorte que les fractions se déchirent pour le pouvoir au lieu de le partager.

En troisième lieu, la faiblesse des institutions locales, ajoutée aux interventions mal avisées de puissances étrangères, a donné du grain à moudre aux saboteurs du processus démocratique. Les salafistes tunisiens et les faux libéraux égyptiens sont des personnages de second plan qui n’ont rien à perdre en brisant les compromis diff icilement négociés. Ils gagnent en importance à mesure que les institutions s’érodent et que les intérêts en jeu s’accroissent. Dans des scénarios extrêmes, des Etats défaillants n’ont pas les moyens d’enrayer le cercle vicieux du dilemme sécuritaire. Au Yémen et au Liban, nombre de groupes préfèrent prendre les armes plutôt que de s’en remettre à un Etat incapable de les protéger, moyennant quoi ils l’affaiblissent encore un peu plus.

Le dernier point, plus positif, concerne la citoyenneté. Les peuples arabes ne se perçoivent plus comme des masses de sujets, mais comme des forces citoyennes qui méritent le respect et la parole. Quand un nouveau soulèvement surgira, il sera à la fois plus spontané, plus explosif et plus durable. Les citoyens arabes ont été témoins des solutions extrêmes auxquelles leurs gouvernements sont prêts à recourir pour se maintenir au pouvoir. Les régimes coercitifs connaissent bien, eux aussi, la détermination des masses à les « dégager ». Le printemps arabe n’a pas dit son dernier mot.
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