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lundi 6 juillet 2020

La guerre froide entre le président et Ghannouchi


Entre le président de la République, universitaire légaliste attaché ses prérogatives, et celui de l’Assemblée, vieux leader politique madré et envahissant, le bras de fer se durcit.


Ghannouchi
Ghanouchi face au président Kaies Said 
Quelle mouche a donc piqué l’ancien dirigeant d’Ennahdha Abou Yaareb el-Marzouki quand il a appelé sur les réseaux sociaux, le 14 juin, à un jugement populaire symbolique de Kaïs Saïed ? Le professeur de philosophie, proche de Rached Ghannouchi, titulaire du perchoir, accuse le président de la République de « détruire les institutions de l’État au moyen de ses prérogatives et de ne pas respecter la volonté des citoyens exprimée par les urnes et la révolution ». En somme, de trahison. Cette attaque en règle illustre les désaccords profonds en matière de conception et d’exercice du pouvoir entre le locataire de Carthage et celui du Bardo. 

Les deux hommes sont les figures de proue de la législature qui a débuté en octobre 2019. Entre la révolution et la présidentielle de 2019, ils avaient été amenés à se rencontrer occasionnellement. Leurs échanges avaient surtout porté sur la Constitution, alors en cours de rédaction, et sur l’idée, chère à Kaïs Saïed, de contraindre les hommes d’affaires corrompus à investir dans les régions défavorisées. La relation est policée mais distante. « Au fond, l’intellectuel et le chef de parti n’avaient pas grand-chose à se dire », se rappelle le témoin d’une rencontre.

À l’époque, Ghannouchi évalue mal la détermination de Saïed. Comme l’ensemble de la classe poli- tique, il sous-estime l’audience de cet expert en droit constitutionnel. Et découvre avec surprise, dans les huit mois qui précèdent les élections de 2019, que Saïed caracole en tête dans les sondages, figurant systématiquement dans le duo de tête. Pourtant, le président d’Ennahdha opte pour le déni. Là encore à l’unisson avec les autres partis, qui considèrent que le phénomène Saïed ne saurait bouleverser les équilibres politiques. Au lendemain du premier tour, il est trop tard. « Quand les événements nous dépassent, feignons d’en être les organisateurs », disait l’homme politique français Georges Clemenceau au début du XXe siècle. Aussi, Ennahdha se découvre une passion pour Saïed dans l’entre- deux tours : les militants l’appellent par son prénom pour donner l’illusion d’une proximité et en font leur champion. Le professeur remporte la présidentielle avec 73 % des suffrages exprimés, sans qu’Ennahdha ait réellement pesé sur les résultats. Aux législatives, le parti de Ghannouchi subit un net recul, même s’il décroche le plus grand nombre de sièges, et parvient à faire élire son leader au perchoir, convaincu que c’est le poste le plus stratégique pour tenir tête à Carthage.

Ce malentendu fondateur s’est mué, au fil des mois, en bras de fer permanent entre deux hommes que tout oppose. Le pragmatique leader islamiste, fort de plus de quarante ans d’expérience politique, pense ne faire qu’une bouchée de l’universitaire légaliste et pédagogue. Ghannouchi est d’autant plus sûr de lui que Saïed ne dispose d’aucun parti pour l’épauler. Aussi le titulaire du perchoir fait-il jouer pleinement ce qu’il pense être son atout pour s’imposer comme un président bis. Dès le début de la mandature, Ghannouchi dote la présidence de l’ARP d’un cabinet et ne se gêne pas pour s’immiscer dans la politique étrangère de la Tunisie, qui, avec la Défense, est pourtant du seul ressort du chef de l’État. Mais le leader d’Ennahdha bute pour l’heure sur l’état de grâce dont semble toujours bénéficier Saïed. Chaque offensive du premier renforce la popularité du second : 64,6 % des Tunisiens se disent satisfaits de l’action du président, quand 73,6 % désapprouvent celle de Ghannouchi. « Le cheikh n’a pas de prise sur Kaïs Saïed, élu au suffrage universel et qui dispose, en vertu de la Constitution, de l’arme ultime de la dissolution », analyse un député du bloc de la Réforme nationale.

Propos incendiaires

Imperturbable, le président de la République profite de ses rares prises de parole pour remettre les pendules à l’heure, comme lorsqu’il lâche, à l’occasion de ses vœux au peuple pour l’Aïd, que, « sur son territoire et en dehors, la Tunisie a un seul président ». La mésentente profonde entre « l’intello » et « le politique » tient aussi à la conception que chacun se fait de la souveraineté, chère aux deux hommes. Quand le président de l’ARP l’interprète comme un chèque en blanc accordé au Parlement, celui de la République oppose une lecture plus présidentialiste de la Constitution, qui, dit-il, lui accorde des prérogatives bien plus larges que la sécurité nationale et la diplomatie. Ce hiatus explique sans doute la harangue de Saïd Ferjani, député et compagnon de route de Rached Ghannouchi, à l’adresse de Kaïs Saïed, le 11 mai : « Êtes-vous en train de mettre en place une organisation parallèle ? Vos sympathisants aiguisent les couteaux pour faire chuter le Parlement et le gouvernement sans la moindre réaction de votre part ! » Derrière les propos incendiaires transparaît la crainte de Ghannouchi de perdre le contrôle de l’ARP. Le fondateur d’Ennahdha ne peut s’y résoudre, pas davantage qu’il ne peut concevoir la mise à l’écart de son parti de la conduite des affaires publiques. Ennahdha a siégé dans presque tous les gouvernements depuis la révolution.


« Le gouvernement est un enjeu, confirme le politologue Karim Bouzouita. Ennahdha y participe, mais le chef de l’exécutif a été choisi par le président de la République et lui seul. » Aussi, en dépit de la crise entre Carthage et Le Bardo, les partis détenteurs d’un portefeuille ministériel ne franchissent pas la ligne jaune. Tous claironnent leur appartenance à une coalition qui soutient le président, coordonnée depuis La Kasbah par le chef de gouvernement, Elyes Fakhfakh, qui doit sa désignation à Kaïs Saïed, lequel a dérogé aux règles de la démocratie en éliminant du tour de table Qalb Tounes, pourtant deuxième force de l’ARP. Un déni de démocratie ? Les partisans du chef de l’État y voient plutôt le signe d’une rectitude morale. « Pour lui, l’intégrité prime, explique l’un d’eux. Il a écarté les partis dont les dirigeants font l’objet de poursuites », allusion à Nabil Karoui, président-fondateur de Qalb Tounes. La manœuvre a un temps déstabilisé Rached Ghannouchi, habi- tué aux jeux d’appareils, à la stratégie du consensus et à des chefs du gouvernement conciliants. Le patron d’Ennahdha n’a pas hésité à faire savoir qu’il ne comptait en aucun cas se laisser imposer des réformes, menaçant de bloquer des projets gouvernementaux à l’Assemblée ou d’abroger les décrets-lois qui ont permis à Fakhfakh de gérer l’urgence du Covid-19. 

Stratégie double tranchant

La partie n’est donc pas finie entre les « deux présidents », qui auront encore des occasions de croiser le fer. Kaïs Saïed entend jouer pleinement son rôle, fait savoir Carthage, rappelant qu’il ne s’est pas ingéré dans les affaires de l’Assemblée quand elle a examiné, au début de juin, une motion – qui sera rejetée – réclamant des excuses et des dédommagements à la France pour ses crimes pendant la période coloniale. Quelques jours plus tard, l’ancien enseignant était à Paris pour une visite de quarante-huit heures au cours de laquelle il a loué et mis en avant l’amitié tuniso-française. En attendant des jours meilleurs, Rached Ghannouchi, lui, fait profil bas et continue de manœuvrer
pour intégrer Qalb Tounes et la Coalition d’El Karama au gouvernement. Une stratégie à double tranchant : l’intercession d’Ennahdha en faveur des extrémistes de Seifeddine Makhlouf pourrait sceller le sort d’un parti accusé d’être trop conciliant avec les salafistes. À moins que, là encore, le jeu partisan ne l’emporte sur la politique. Contesté au sein même d’Ennahdha, Rached Ghannouchi pourrait alors trouver dans un remaniement une diversion opportune pour faire oublier les controverses domestiques.



jeudi 29 août 2019

En Tunisie, l’arrestation d’un candidat controversé alourdit l’ambiance de la campagne présidentielle

Nabil Karoui, homme d’affaires et candidat à la présidentielle tunisienne, a été arrêté vendredi 23 août. Il fait l’objet d’une enquête judiciaire pour corruption, évasion fiscale et blanchiment d’argent. Le timing de son arrestation relance les interrogations sur l’intégrité du processus démocratique dans le pays.



Au coeur de la Tunisie


Dans le QG d’Au cœur de la Tunisie, le parti de Nabil Karoui, la tension était palpable vendredi 23 août au soir. Déplacements à la hâte de cartons, d’ordinateurs et de paperasse « pour sauver tout notre travail de campagne », souffle-t-on, mais aussi anticiper une éventuelle perquisition. Au milieu des restes de flyers en forme de tête de lion, le symbole du parti, les télévisions sont directement branchées sur la chaîne Nessma TV qui parle de « kidnapping » de Nabil Karoui.

L’homme de 56 ans, un magnat des médias tunisiens, n’est officiellement plus le patron de la chaîne depuis quatre ans, mais il demeure actionnaire. Il en est d’ailleurs resté son principal sujet d’information. « Nabil Karoui est avant tout un candidat à la présidentielle dont la candidature a été acceptée par l’Instance supérieure électorale pour les élections (ISIE) et c’est un acteur important de la vie politique tunisienne. Ce qu’il se passe est vraiment dangereux pour le processus démocratique », déclare à Mediapart Sadok Jabnoun, un membre de la commission politique de la formation de Nabil Karoui.

Alors que son équipe de communication venait de poster des stories sur Facebook au sujet de la visite de terrain effectuée le jour même par le candidat dans le gouvernorat de Béja (nord-ouest de la Tunisie), où il a rencontré des propriétaires d’usines locales et inauguré un siège de son parti, l’homme s’est fait arrêter, vendredi, à bord de sa voiture, au péage autoroutier de Medjez el-Bab, à une cinquantaine de kilomètres de Tunis.

Des mandats de dépôt ont été émis à l’encontre de l’homme d’affaires et de son frère Ghazi Karoui par le pôle judiciaire et financier le 23 août, juste après le rejet par la justice tunisienne de l’appel concernant leur interdiction de voyager. Les deux frères font l’objet d’une enquête judiciaire depuis que l’ONG I-Watch – affiliée à Transparency International – a déposé début juillet une plainte concernant des soupçons d’évasion fiscale et de blanchiment d’argent. Cette plainte est intervenue après une enquête publiée en 2016 sur l’évasion fiscale des frères Karoui.

« Nous avons toujours été entendus en tant que témoins depuis que la plainte a été déposée. Depuis qu’une instruction a été ouverte, c’est l’État versus Nabil Karoui. Il faut que la justice fasse son travail et qu’elle continue, quel que soit le timing. Nous devons séparer le processus électoral du processus judiciaire », affirme Achref Aouadi, président de I- Watch.

La veille de l’arrestation, Youssef Chahed, lui aussi candidat à la présidentielle, a passé provisoirement ses fonctions de chef du gouvernement à son ministre de la fonction publique, Kamel Morjane, ancien ministre de la défense sous Ben Ali. Il n’a pas voulu démissionner, car le « pays traverse une période délicate et n’est pas en mesure de supporter les négociations pour constituer une nouvelle équipe gouvernementale », a-t-il déclaré dans une allocution télévisée jeudi 22 août.

Il a choisi de passer ses fonctions pour désamorcer les critiques de ses détracteurs, qui lui reprochaient d’utiliser les ressources de l’État pour sa campagne électorale et pour « donner les mêmes chances à tous les candidats ». Mais pour les avocats de Nabil Karoui, même si Youssef Chahed n’est plus au pouvoir, son arrestation reste « politique ».

« La célérité avec laquelle la justice a procédé à l’arrestation de Nabil Karoui, loin de la capitale, trois heures seulement après l’émission du mandat de dépôt, tout cela représente pour nous un scandale judiciaire », déclare l’un des avocats de Nabil Karoui, Kamel Ben Messaoud.

Presque au même moment où Karoui était arrêté, Hafedh Caïd Essebsi, le fils du président de la République décédé le 25 juillet dernier, a été contrôlé à l’aéroport de Tunis Carthage, parce qu’il était, selon une source, en possession de devises étrangères. La coïncidence de ces deux événements, qui tous deux concernent des adversaires politiques de Youssef Chahed, a tendu l’atmosphère de la campagne. Mais le ministère de l’intérieur comme les douanes ont assuré qu’il s’agissait, dans les deux cas, de procédures légales et justifiées.

Sur Facebook en Tunisie, la polémique enflait, ce samedi, sur le calendrier de l’arrestation – trois ans après le dépôt de la plainte –, mais aussi sur le manque de communication et de transparence des autorités judiciaires concernant l’arrestation.

Nabil Karoui a été transféré à la prison de Mornaguia à Tunis, tandis que son frère serait en fuite d’après des médias tunisiens. Pour le candidat qui disait vouloir « lutter contre la pauvreté et la misère » à grands coups de slogans à l’emporte-pièce, et s’est fait connaître par des actions caritatives très médiatisées de sa fondation, relayées par sa propre chaîne de télé, la campagne risque de se faire derrière les barreaux d’une prison.

« Nous continuerons à travailler librement et à faire campagne », déclare Blel Fares, candidat aux législatives. L’ISIE a affirmé que son arrestation ne le disqualifiait pas de la course à la présidentielle. « Une candidature ne peut être retirée qu’en cas de retrait volontaire ou de décès », affirme la porte-parole de l’instance, Hasna Ben Slimane.

Cette arrestation intervient après un long combat de I-Watch. Cette ONG a souvent été la cible de Nabil Karoui et de ses proches, notamment à travers des campagnes de diffamation et de menaces.

« Lorsque nous avons lancé notre campagne anticorruption, nous avions dit que nous investirions notre énergie et nos ressources sur un exemple concret, celui des Karoui et de Nessma TV pour changer la mentalité des Tunisiens sur la corruption. Aujourd’hui, beaucoup oublient que nous avons aussi déposé des plaintes contre d’autres candidats à la présidentielle : Youssef Chahed pour corruption dans l’affaire du dégel des avoirs de Marouane Mabrouk par l’Union européenne, Slim Riahi pour évasion fiscale, et Hatem Boulabiar pour corruption. Donc la question après l’arrestation de Karoui est qui sera le prochain ? » ajoute Achref Aouadi.

samedi 30 mars 2019

Séquestration d'un diplomate de l'ONU en Tunisie

Trafic d'armes en Tunisie




Justice tunisienne
Un diplomate de l'ONU dors en prison sur ordre du procureur du tribunal de Tunis



Cela se passe comme dans les films d'espionnage, sauf qu’ici nous sommes en présence d'abrutis et de singes qui gouverne encore a l'ancienne un pays qui a fait une révolution de printemps sur le papier en 2011 et qui s'y prend mal pour régler cette histoire.

Notre enquêteur de l’ONU s’appelle Moncef Kortas c’est un haut fonctionnaire issu de l'organisation internationale ONU, qui est donc un diplomate avec une immunité qui le protège dans le cadre de son activité professionnelle pour le compte de l'ONU partout ou il est en mission. Mais voilà, ce fonctionnaire se trouve être un ressortissant tunisien et allemand.

La justice tunisienne pense qu'elle est au des lois vu que le diplomate a la nationalité tunisienne et que l'état tunisien qui a signé les des conventions de vienne pour l'immunité diplomatique ne lui concerne pas.

De passage en Tunisie pour aller en Libye ce 26 mars, l'état tunisien a envoyé huit agents, plus quatre chauffeurs a sa rencontre à l’aéroport sur le parking pour le mettre en état d'arrestation sur ordre du procureur de la République de Tunis. Le motif: espionnage, écoute, matériel d'espionnage, suspicion d’intelligence avec des parties extérieures et touti quanti ....

Le plus beau dans l'histoire c'est que sait pas n'importe qui est saisis de l'affaire, c'est Béchir Akremi. Celui ci est un procureur de la République du Tribunal de première instance de Tunis, c'est une marionnette du parti islamiste Ennahda au pouvoir au sein du gouvernement. À chaque fois que celui-ci est saisi, il agit soit pour noyer le poisson ou bien pour agir en radio commandée pour les islamistes d'Ennahda en sous-main; donc un homme de paille pour faire taire ceux qui parle de trop.

Dans ce type d’affaires, la justice utilise l’article 13 du code de procédure pénale tunisien qui permet au procureur ou au juge d’instruction de retarder l’accès à un avocat de 48 heures à compter du début de la détention en plaçant le diplomate en prison pour qu'il n'ait pas droit à un avocat.

La loi donne également au procureur le droit de retarder l’accès à un avocat pendant les 48 premières heures de détention pour les affaires de terrorisme et d'espionnage. Dans ce qui constitue un abus manifeste des droits d’un détenu, le procureur semble invoquer systématiquement cette disposition dans ce type de dossier. Et si le détenu n'a pas d'avocat, il n'a qu'à se débrouiller ou attendre des semaines après une démarche bureaucratique hypothétique pour qu'un avocat lui soit commis d'office.

Pour ce qui est des faits invoqués dans les médias, tous les agents et journaliste d'influence sont mis a contribution dans les rédactions tunisienne,  la presse, radio, web, sont mis a contribution pour soutenir les thèses et la propagande du pouvoir judiciaire, à commencer par le porte-parole du ministère de l'Intérieur :  à travers la porte-parole la justice qui est aux ordres du pouvoir politique, elle affirme que le procureur reproche au diplomate de ne pas les avoirs (ONU) prévenus du passage du diplomate sur le territoire tunisien, de ne pas etre porteur du passeport diplomatique au moment du franchir la frontière de l'aéroport et d'espionnage. Comprenne qui pourra...


Mais au fait que fessait le diplomate à Tunis ? Arrêté le 26 mars 2019 en fin d'après-midi, le diplomate enquêtait sur le trafic d'armes en Tunisie depuis 3 ans. Le pays servait de transit avec des hommes de pailles de l'appareil militaire et politique du partis Ennahda. Ce qu'il a découvert fait trembler les responsables politiques du parti au pouvoir CPR et Ènnahda de l'époque. Car comme dans tout trafic d'armes il suffit de suivre la piste de l'argent sale dans le sud et dans la capitale tunisienne pour comprendre que tout le monde a bénéficié du droit de passage et autre commission dans le trafic d'armes à travers la Tunisie.

En plus de cela l'enquêteur Moncef Kartas récoltait des sources d'information dans la place qui donnait des noms de politiciens aux commandes du pays, sur le role de l'armée tunisienne au frontiere etc ... . Ajouté a cela le nom de la Turquie et le Qatar qui sont des alliers proches du parti islamiste au pourvoir Ennahda et avec cela un sommet arabe qui arrive dans 3 jours, vous aurez droit a une panique a bord en cas de révélation lors du somment de la ligue arabe.  Et comme tout le monde se tient par la moustache et que les élections approchent, faudrait pas qu'un tonnerre n'arrive à éveiller les esprits parmis la population avec les elections au pays.


Alors pour neutralisé le diplomate qui a eu le malheur de mettre sont nez dans les histoires du trafic d'armes, certain ont décidé en haut lieux de le mettre hors d'état de nuire et de saisir tous les documents qui se rapporte a l'affaire pour découvrir qui dit quoi et fait quoi dans le dossier. Et tant pis pour la valise diplomatique.

Dans tous les cas, l'état tunisien ment et joue double jeu face a l'ONU en instrumentalisant une justice qui na que de noms. Même l'ancien dictateur Ben Ali n'aurait jamais osé mettre en prison un diplomate étranger, mais apparemment les islamistes et leurs associés eux n'ont apparemment pas peur.

Ni le monde politique et aucun ministre du gouvernement et ni le conseil supérieur de la magistrature ne lève le doigt ne s'est exprimé jusque aujourd'hui sur cette injustice qui continue. Pour couronné le tout, l'état tunisien et ça justice corrompue qui ne respecte meme pas le droit et les convention que le pays a singer qui reconnait l'immunité dont jouis l'enqueteur Moncef Kartas, nous parles de matériel d'espionnage et d'écoute. Comme on a l'habitude chez nous de comprendre les grandes manoeuvres des petits esprits enchantés, tout système de communication ou de téléphone crypté de communication est un système d'espionnage pour le monde judiciaires et le ministère de l’Intérieur. Les experts en mission pour les Nations Unies, comme Monsieur Kartas, sont couverts par la Convention sur les privilèges et immunités des Nations Unies.


Pression sur l'avocat 

Ils existe au sein du ministere de l'interieur un groupe de policier qui utilise les memes methode de l'epoque du dictateur Ben ali, la pression sur les citoyens tunisien. L’avocat Hassen Ghodhbani a annoncé, ce jeudi 18 avril 2019, qu’il renonçait à défendre l’expert onusien, Moncef Kartas devant le pôle antiterroriste . Cette décision résulte selon l’avocat aux pressions et ingérences qu’exercent sur lui certaines parties pour tenter de l'influencer et de le contrôler dont le but est de na offrir une prestation a l'accusé. De plus toute les communications electronique, orale, courier postale sont surveillé par le ministere de l'interieur dont le but est de connaitre les moindres geste de l'avocat avec sont client et l'ONU.

Qu dit la section 22 de l’article VI de la Convention sur les privilèges et immunités des Nations Unies auquel la Tunisie a adhéré:
’Les experts lorsqu'ils accomplissent des missions pour l'Organisation des Nations Unies jouissent, pendant la durée de cette mission, y compris le temps du voyage, des privilèges et immunités nécessaires pour exercer leurs fonctions en toute indépendance. Ils jouissent en particulier des privilèges et immunités suivants : immunité d'arrestation personnelle ou de détention et de saisie de leurs bagages personnels ; immunité de toute juridiction en ce qui concerne les actes accomplis par eux au cours de leurs missions (y compris leurs paroles et écrits). Cette immunité continuera à leur être accordée même après que ces personnes auront cessé de remplir des missions pour l'Organisation des Nations Unies ; inviolabilité de tous papiers et documents...’’

samedi 29 septembre 2018

L’art du divorce à la tunisienne

Est-ce l’estocade portée à l’« exception tunisienne » ? Le chef de l’Etat tunisien, Béji Caïd Essebsi, a annoncé, lundi 24 septembre, sa « séparation » d’avec Ennahda, le parti issu de la matrice islamiste, avec lequel il avait scellé une alliance en 2015. L’événement est significatif. La coalition gouvernementale forgée entre Nidaa Tounès, le parti « moderniste » d’inspiration bourguibienne fondé par le chef de l’Etat, et Ennahda, engagé dans une révision pragmatique de sa relation à l’islam politique, avait stabilisé un paysage tunisien vacillant après la révolution de 2011. 

La Tunisie avait alors été célébrée à l’étranger comme un modèle de consensus, une vitrine emblématique de cette culture du dialogue qui a sauvé le pays des naufrages post-« printemps arabes ». Un prix Nobel de la paix l’avait même couronnée en 2015. 

Avec l’annonce du chef de l’Etat, dépité par sa relation de plus en plus crispée avec Rached Ghanouchi, le patron d’Ennahda, une ère se clôt. La Tunisie va cesser de vivre à l’ombre de la connivence personnelle entre les « deux cheikhs », comme les appellent les Tunisiens. Leur complicité avait entraîné dans son sillage une coopération fonctionnelle, sinon enthousiaste, entre leurs formations. Le tandem a vécu.

Pour autant, la Tunisie n’est pas propulsée au bord de l’abîme. Car la « séparation » annoncée par M. Essebsi relève d’un divorce personnel plus que d’une fracture politique. Elle ne prélude pas à la rupture de l’alliance entre les familles moderniste et islamo-conservatrice. Car le parti présidentiel Nidaa Tounès, plongé dans une crise interne, est en train d’imploser. Sur ses bases historiques émerge une force en plein essor, centrée autour de Youssef Chahed, le jeune chef de gouvernement (43 ans), lui-même issu de Nidaa Tounès. Tout indique que la relation de travail entre ce dernier et Ennahda, déjà bien établie au sein d’un gouvernement de coalition, se poursuivra. L’impact de l’annonce du chef de l’Etat sera donc limité.

En fait, la véritable bataille en cours est celle qui secoue les équilibres internes au camp du chef de l’Etat. Entre M. Essebsi et M. Chahed, rien ne va plus. Là est le vrai divorce. Le président tunisien n’a guère goûté la résistance que lui a opposée son ancien protégé, dont il avait parrainé la nomination il y a deux ans. Dans cette épreuve de force, M. Chahed peut d’ores et déjà compter sur une quarantaine de députés, soit une force équivalente à celle de ses rivaux de Nidaa Tounès. Elle comprend surtout des dissidents ayant quitté le parti après la conquête de sa direction, en 2016, par Hafedh Caïd Essebsi, le fils du chef de l’Etat. Au-delà de ses propres troupes, l’atout de M. Chahed, ce sont surtout les bonnes dispositions d’Ennahda à son égard, qui dispose du premier groupe parlementaire, avec 69 députés.

A son insu, le parti islamo-conservateur se trouve ainsi propulsé au rang paradoxal d’arbitre de la crise interne de Nidaa Tounès. Au nom de la « stabilité politique » de la Tunisie, le parti de M. Ghanouchi s’était jusqu’alors opposé au départ de M. Chahed que réclamait la direction de Nidaa Tounès avec l’aval discret du chef de l’Etat. Depuis sa victoire aux élections municipales du printemps, qui l’a consacré premier parti en Tunisie, Ennahda redonne de la voix. Il tient désormais ouvertement tête au président de la République, une résistance nouvelle qui contraste avec la loyauté, confinant parfois au suivisme, manifestée ces trois dernières années.

LA FRAGMENTATION DE NIDAA TOUNÈS

C’est que la fragmentation de Nidaa Tounès a mécaniquement conduit Ennahda à revoir sa relation avec M. Essebsi. Au sein du parti islamiste, qui se définit désormais comme « démocrate musulman », la tentation est vive de changer de pied et de sceller une alliance avec M. Chahed, alternative potentielle au clan Essebsi au sein de la même famille « moderniste ». Le scénario n’est pas encore clair. Mais Ennahda tient à l’évidence à continuer à coopérer avec une formation issue de la lignée « destourienne», ainsi que l’on nomme la filiation bourguibienne. Quel qu’en soit le porte-drapeau.

C’est pourquoi le fameux consensus tunisien n’est pas à ce stade menacé. Il est sans nul doute sous pression, principalement en raison de la guerre fratricide à Nidaa Tounès, où l’idéologie tient moins de place que le choc des ambitions personnelles. Le tournant a été la conquête, au début de 2016, de l’appareil de Nidaa Tounès par Hafedh Caïd Essebsi, qui a réveillé le syndrome d’une succession « dynastique » que la plupart des Tunisiens pensaient appartenir à un passé révolu.

Contrairement à son prédécesseur, Habib Essid (janvier 2015-août 2016), qui avait fini par jeter l’éponge, M. Chahed a résisté jusqu’ici aux tentatives d’immixion dans les affaires gouvernementales émanant de l’équipe de Hafedh Caïd Essebsi à la tête de Nidaa Tounès. Mieux, il a déclenché, au printemps 2017, une campagne anticorruption qui lui a valu une certaine popularité et a approfondi le schisme avec le fils du chef de l’Etat et, de proche en proche, avec le père lui-même, le mentor qui s’est senti trahi.

Au fil des mois, il est devenu évident aux yeux des observateurs que M. Chahed nourrissait désormais les plus hautes ambitions dans la perspective du double scrutin – législatif et présidentiel – de la fin 2019. Ses rivaux feront flèche de tout bois pour le contrer. C’est que M. Chahed n’est plus perçu comme le « chevalier blanc » autant qu’il a pu l’être au début de son offensive anti- corruption. Le doute commence à s’instiller sur l’instrumentalisation de cette dernière au service de ses ambitions personnelles. Les couteaux sont tirés au sein de la « famille moderniste ». La transition tunisienne en est secouée, pas forcément déstabilisée.

mercredi 18 juillet 2018

La manipulateur Hafedh Caïd Essebsi

Au cœur de la crise qui frappe le pays, le fls du président est un personnage taiseux, secret et encore méconnu. Portrait d’un homme de l’ombre à qui on prête de grandes ambitions

Les projecteurs sont braqués sur lui, mais lui préfère le contre-jour. Figure controversée du paysage politique tunisien, Hafedh Caïd Essebsi reste néanmoins mal connu. Comme s’il tenait à conserver une part de mystère. À 56 ans, le patron de Nidaa Tounes est aux manettes de la deuxième formation politique du pays, fondée par son père, Béji Caïd Essebsi, actuel président de la République. Et au cœur de la crise politique que traverse son pays depuis les municipales du 6 mai.

Excellent manipulateur


À rebours de ses homologues des autres partis, ce passionné de football, ancien vice-président de l’Espérance sportive de Tunis, n’aime ni la communication ni les mondanités. Ses interventions sont si rares que le grand public est incapable de reconnaître sa voix. Hafedh Caïd Essebsi – ou HCE – préfère l’écrit à l’oral, se montrant plus disert sur Facebook. À défaut, il laisse volontiers son entourage parler en son nom. « Hafedh est un taiseux qui laisse croire qu’il est effacé. C’est un excellent observateur, et cela induit en erreur ses interlocuteurs », explique un ancien cadre de l’Espérance. S’il n’a pas les dons de tribun de son père, il n’en a pas moins baigné depuis l’enfance dans la politique... et les intrigues qui la nimbent. Même ses détracteurs reconnaissent qu’« il n’a pas eu besoin de faire Sciences-Po : il a été à l’école de Béji Caïd Essebsi ». Un compliment qui révèle aussi un handicap : la diffculté d’être le fils d’une personnalité au charisme indéniable. Lorsqu’il intègre Nidaa Tounes, les ténors du parti le traitent avec indifférence. Mal leur en a pris.

L’homme n’est pourtant pas inconnu à Tunis, où il avait déjà tenté une carrière politique en 1989 en se présentant aux législatives comme tête de liste pour le « Parti social libéral ». Tapi dans l’ombre, discret, l’homme révèle d’insoupçonnables talents de manipulateur en 2014 quand, contre toute attente, il prend la tête du parti et succède à son père, élu président de la République. Accusations de népotisme. Que le premier magistrat est obligé de démentir lui-même, assurant qu’il ne compte nullement faire de son fils son dauphin, qu’« il ne bénéfcirait d’aucune faveur, mais qu’il ne pouvait l’empêcher de faire de la politique ». Certains estiment pourtant que rien n’aurait été possible sans la volonté du père.

Guerre 


Dans le confit qui l’oppose au Premier ministre, il s’est, pour le moment, montré habile. Fin mai, Youssef Chahed s’est en effet invité à la télévision pour le descendre en flammes devant des millions de téléspectateurs éberlués : il accuse HCE d’avoir détruit Nidaa Tounes. Pas moins. Il évoque les électeurs perdus entre les législatives de 2014 et les municipales de 2018, et le départ, sur la même période, de trente députés vers d’autres blocs parlementaires. Le parti n’est même plus majoritaire au Parlement, alors qu’à sa création, en 2012, il avait réussi à rassembler la famille progressiste, toutes tendances confondues.

L’attaque de Chahed a d’autant plus surpris qu’il est membre du parti et qu’il y a gagné ses galons en présidant la commission des treize, organisatrice du congrès constitutif de Sousse, en janvier 2016, au terme duquel Hafedh Caïd Essebsi a pu établir sa mainmise sur Nidaa Tounes. C’est son appartenance au parti qui vaudra à Chahed sa nomination à la Kasbah.

Mais les relations entre les deux hommes se sont détériorées, Hafedh Caïd Essebsi estimant que Chahed s’écarte trop des directives du parti, quand Chahed souhaite que le gouvernement reste son pré-carré. La confiance est définitivement rompue en mai 2017 avec l’arrestation, sur ordre du Premier ministre, du mafieux et financier du parti Chafk Jarraya, homme d’affaires sulfureux, soutien de Nidaa Tounes et proche de HCE.

Méthodique, Hafedh pilonne, des mois durant, le chef du gouvernement. Critique ses résultats. Réclame, avec d’autres signataires de l’accord de Carthage, qui scelle la feuille de route du gouvernement d’union nationale, un remaniement d’ampleur. Guerre d’usure, dont il est coutumier. N’a-t-il pas obtenu, au cours de l’inévitable bataille pour le leadership après l’élection de son père, le départ de figures clés, dont Mohsen Marzouk, Ridha Belhaj ou encore Boujemaa Remili ? La méchanceté est une autre de ses qualités pour lui en politique. Sa main ne tremble pas lorsqu’il faut prendre des décisions, comme éloigner Raouf Khamassi, dont il était pourtant proche, accusé d’avoir mal géré les élections partielles en Allemagne.

Montée en puissance


Malgré de nombreux revers depuis les législatives de 2014 et les assauts de ses opposants au sein même de Nidaa Tounes, la montée en puissance du fils, aîné d’une fratrie de quatre, paraît aujourd’hui irrésistible. L’intéressé se défend de viser la présidentielle de 2019. « On lui prête des ambitions qu’il n’a pas. Tout le monde prétend qu’il veut être président de la République, mais ce n’est pas le cas », concède l’un de ses adversaires politiques. «Je ne nagerai pas à contre-courant de Nidaa Tounes; je ne vais pas m’isoler ni imposer ma vision », assure HCE, qui doit maintenant préparer le congrès électif de Nidaa Tounes, maintes fois reporté, dont la tenue devient urgente au regard du calendrier électoral. Deux scrutins doivent avoir lieu l’an prochain. Le vainqueur des législatives fera la pluie et le beau temps, notamment lors de la présidentielle qui suivra. Dans cette optique, diffcile de dire pour quelle candidature travaille HCE, mais nul ne l’imagine prendre sa décision sans l’assentiment de son père. En tout cas, l’homme a mis fin au consensus entre Nidaa et Ennahdha. « Pour 2019, c’est chacun pour soi », glisse Hafedh dans Middle East Eye. En privé, il a même fait remarquer à Rached Ghannouchi que « les deux partis ont pâti du consensus ». Ironie du sort, Ennahdha affiche depuis son soutien à Youssef Chahed.

Excellent joueur de cartes, Hafedh Caïd Essebsi a deux atouts dans sa manche : le sens du tempo et une grande maîtrise de soi. Sa tactique, désormais rodée, consiste à laisser venir, à miser sur le pourrissement et l’impulsivité de ses adversaires. Objet d’une campagne de dénigrement, il n’a pas cillé lorsque Lazhar Akremi, un ancien de Nidaa Tounes, a prétendu qu’il était sous la coupe de son épouse, Rym Reguig, qualifée au passage de « nouvelle régente de Carthage », en référence à Leïla Trabelsi. Si HCE a le sens du clan, il en connaît les limites dans une Tunisie encore convalescente. « On veut en faire quelqu’un alors qu’il souhaite prendre le pouvoir en usant des marionnette du parti », confe l’un de ses proches, qui souligne que « le prochain mandat sera dificile pour tous. Ce sera celui de la recevabilité. Les Tunisiens demanderont des comptes après dix années de révolution.


mercredi 11 avril 2018

Mehdi Jomâa « La politique, c’est les résultats, pas les discours »

Extrêmement sévère avec les gouvernants actuels, l’ancien Premier ministre veut incarner une troisième voie, ni de droite ni de gauche, mais fondée sur une vision stratégique claire.


Mehdi Jomâa
Mehdi Jomâa, mars 2018

Les Tunisiens ont plutôt un bon souvenir de Mehdi Jomâa : en un an seulement, entre janvier 2014
et janvier 2015, il a su organiser des élections législatives et présidentielle exemplaires, alors que le pays était au bord de l’implosion. Il a laissé l’image d’un Premier ministre pondéré, dynamique, avec des idées claires, qui n’a jamais cédé aux querelles politiques ni aux foucades du président de l’époque, Moncef Marzouki, ce qui n’était pas gagné d’avance. À la fin de sa mission, même s’il fut un temps question d’une candidature à la présidentielle dans les salons tunisois, il est devenu, à 52 ans, le plus jeune retraité de la vie politique tunisienne. Cet ingénieur de formation, qui a fait l’essentiel de sa carrière dans une filiale du groupe Total, se serait bien vu retrouver le secteur privé. Les circonstances – l’aggravation de la situation économique, l’absence, selon lui, des réformes qu’il juge indispensables pour éviter un naufrage annoncé, le discrédit des politiques et les appels du pied de ceux qui ont apprécié son passage à la tête du gouvernement – en ont décidé autrement. Il lance ainsi, au début de 2016, son think tank, Tunisie Alternatives. Qui se muera ensuite en un véritable parti politique. Par tempérament comme du fait d’un inévitable apprentissage des us et coutumes politiciens et médiatiques, il se fait d’abord très discret, plus soucieux de réunir et de convaincre ceux avec qui il entend mener cette nouvelle aventure que de courir les plateaux télé ou les salles de rédaction. Idem au sujet des attaques et des insinuations pernicieuses dont il a fait l’objet quand ses adversaires ont compris qu’il rejoignait le marigot politique : jamais il n’y a répondu. Une prudence de Sioux qui a désorienté ses partisans, ses soutiens comme certains membres de son entourage, qui le pressaient de franchir le Rubicon. C’est désormais chose faite, et personne n’en doute plus, même s’il prend grand soin de botter en touche lorsqu’on lui demande s’il sera sur la ligne de départ lors de la présidentielle de 2019. Sa stratégie est claire : incarner une troisième voie, ni de droite ni de gauche, une personnalité neuve susceptible de séduire des électeurs déçus par la classe politique et les partis traditionnels. Voilà qui rappelle furieusement l’ascension d’un certain Emmanuel Macron.

Cinq axes principaux

À 55 ans, le natif de Mahdia a beaucoup d’atouts dans sa manche. Il bénéficie d’une certaine virginité dans la sphère politique tout en pouvant se prévaloir d’une expérience certaine de la chose publique et de la gestion des affaires de l’État. Sa connaissance du monde de l’entreprise, sa maîtrise de l’économie – le vrai problème de la Tunisie – et son bilan au sein puis à la tête du gouvernement plaident pour lui. Comme le fait qu’il est, pour l’instant, le seul à avoir fait part de sa vision pour la Tunisie, articulée autour de cinq axes principaux : cohésion nationale et sociale, gouvernance (fondée sur le mérite et la compétence), économie adaptée à son environnement, nouvelles technologies et place du pays à l’international (centre d’excellence, pays de neutralité positive et de liberté). Parmi ses handicaps, sa relative naïveté face à des concurrents plus madrés, sa méconnaissance des entourloupes de la politique politicienne et, surtout, le fait qu’il ne soit pas prêt à tout (ou presque) pour parvenir à Carthage. Autre écueil de taille, la limitation de ses moyens financiers – le nerf de la guerre dans toute bataille électorale.

Si son positionnement ressemble beaucoup à celui de Macron un an avant son élection, ce dernier a tout de même bénéficié d’un concours de circonstances inouï (renoncement de François Hollande, défaite d’Alain Juppé lors de la primaire de la droite et du centre, affaire Fillon, qualification de Marine Le Pen pour le second tour) et de la décrépitude du Parti socialiste. Le paysage tunisien est différent, Nidaa Tounes et Ennahdha dominent toujours largement la scène. Pour mieux cerner Mehdi Jomâa et comprendre son ambition, nous l’avons rencontré, le 5 mars, en fin de journée. Il a répondu à nos questions, sans en avoir exigé le contenu au préalable, en toute décontraction.

Blog : Les élections municipales, après moult reports, se tiendront finalement le 6 mai. Quels en sont les enjeux ?

Mehdi Jomâa : C’est enfin l’occasion de renouer la confiance avec les citoyens. Il est primordial aujourd’hui de faire émerger une nouvelle classe politique et un nouveau leadership. Ces municipales concernent tout de même 7 500 élus. Ensuite, les villes et les villages traversent d’importantes difficultés depuis la révolution. Il est grand temps de tourner cette page, de traiter leurs demandes et les services de proximité que l’État doit leur rendre. Ce qui m’inquiète, en revanche, c’est qu’un transfert des responsabilités vers les localités a aujourd’hui été mis en place. Or rien n’a été fait pour l’assumer. L’affectation des ressources nécessaires, qu’elles soient humaines ou financières, est inexistante. Pas une ligne dans le budget 2018 !

Comment réagissez-vous à l’invalidation d’un certain nombre de listes par l’Instance supérieure indépendante pour les élections ?

Cela ne concerne qu’un peu plus d’une centaine d’entre elles et fait partie du processus normal. L’abondance des candidats et des listes est une bonne nouvelle.

Manifestations populaires en janvier, inscription de la Tunisie sur la liste noire de l’Union européenne, loi de finances 2018 particulièrement décriée... La situation économique semble particulièrement délicate.

L’avènement d’une majorité démocratiquement élue en 2014 devait nous permettre de mener à bien les réformes indispensables à une véritable transition économique. Depuis, plusieurs gouvernements se sont succédé. Résultat : rien. Pas de vision, pas de programme, pas de réforme. Évidemment, la situation globale n’a pu qu’empirer. Le seul point positif, c’est l’amélioration de la sécurité et la lutte contre le terrorisme.

Que faut-il faire selon vous ?

Ce que nous avions préconisé avant de partir : revoir de fond en comble la fiscalité, l’administration, le système de subventions, les caisses de retraite, etc. Il faut de l’audace, de la clarté, partager cette vision avec la population, donc de la pédagogie, et une équipe commando chargée de mener ces réformes qui soit compétente, cohérente et ne perde pas de temps à jouer les équilibristes politiques...

Vous êtes particulièrement sévère avec les dirigeants actuels...

Je ne fais que juger les actes posés, ceux qui ne l’ont pas été et la situation générale du pays. La politique, c’est les résultats, pas les discours. Après les élections, l’alliance entre Nidaa Tounes et Ennahdha nous a justement été vendue comme celle d’une large majorité susceptible de pouvoir accomplir les réformes nécessaires, élargie par la suite avec les accords de Carthage. Elle avait les moyens politiques des ambitions de la Tunisie. Finalement, ces ambitions ont été enterrées.

La question de l’islam politique a longtemps divisé les Tunisiens, notamment en 2013. Au point de contraindre Ennahdha à proclamer son aggiornamento officiel. Quelle est votre position sur ce sujet ?

La question est réglé par la Constitution : il n’y a aucune place pour l’islam politique en Tunisie. Nous sommes unis par notre histoire et notre culture. Les seules discussions qui nous intéressent dans le cadre d’un État civil et séculier, c’est comment nous développer, créer de la prospérité, garantir la liberté et la sécurité, nous responsabiliser.

Constitution : il n’y a aucune place pour l’islam politique en Tunisie. Nous sommes unis par notre histoire et notre culture. Les seules discussions qui nous intéressent dans le cadre d’un État civil et séculier, c’est comment nous développer, créer de la prospérité, garantir la liberté et la sécurité, nous responsabiliser.

Votre parti se nomme Tunisie Alternatives (Al-Badil Ettounsi). Concrètement, que proposez-vous de nouveau alors que les Tunisiens font preuve d’une défiance accrue vis-à-vis de leur classe politique et qu’il existe déjà pléthore de partis ?

Je comprends le désarroi des Tunisiens pour les raisons évoquées précédemment, notamment l’absence criante de résultats, malgré les promesses. Or, moi, je ne suis pas issu de cette classe politique. Ce qui m’intéresse, c’est de réunir des personnes compétentes qui veulent s’engager pour
le pays et placent les intérêts de celui-ci au-dessus de tout, des intérêts personnels comme corporatistes. Pour faire de la politique autrement sans être enfermé dans des idéologies qui appartiennent au passé.

Vous êtes issu du secteur privé. Est-ce, selon vous, un avantage ou un handicap ? Compte tenu de la situation, c’est un avantage. 

Dans le monde de l’entreprise, on cherche tous les jours à se développer, à progresser, tout en rationalisant nos moyens. Ce qui prime, c’est la culture du résultat, la vision stratégique, la transpa- rence et l’efficacité. Nos dirigeants actuels sont tournés vers le passé. Le monde de l’entreprise regarde, lui, en permanence vers l’avenir. Cela ne prépare pas forcément à gérer un État, une nation...

Il se trouve que cet apprentissage, j’ai eu la chance de le faire lorsque j’étais ministre puis Premier ministre. Une expérience très riche. Un peu comme Emmanuel Macron en France [rires]...

De quelles références politiques, en Tunisie ou ailleurs, vous réclamez-vous ?

Je ne me réclame de personne. Je ne suis pas un idéologue, vous l’aurez compris, mais un pragmatique. Je ne suis ni de gauche ni de droite. Je suis pour la libération de l’initiative personnelle, mais aussi pour un État solidaire. Je crois aux valeurs du travail et de l’excellence, car je suis moi-même le fruit de l’ascenseur social, comme je crois aussi à celle de la solidarité. Je m’adresse aux deux Tunisie : celle qui a encore de l’ambition, mais aussi celle qui a cessé de rêver.

Parmi les nombreux débats de société qui ont agité le pays, lesquels vous semblent prioritaires ?

Je pense que la priorité des priorités, c’est notre situation économique et sociale. Nous devons rétablir une dynamique et donc renouer avec l’espoir. C’est ce qui nous donnera les moyens de défendre toutes les autres causes.

Quel principal enseignement avez-vous tiré de votre passage à la tête du gouvernement, entre janvier 2014 et février 2015 ?

D’abord la satisfaction immense de servir mon pays, d’être utile. J’ai également compris que la politique est le pire des métiers, mais qu’il doit être exercé par les hommes et femmes les meilleurs. Enfin, que la Tunisie regorge de compétences qui sont aujourd’hui gâchées. Nous avons tout ce qu’il faut pour devenir une terre de modernité, de créativité, de prospérité et de liberté.

Comment voyez-vous les élections législatives et présidentielle de 2019 ?

Nous avons commis l’erreur majeure de penser que la démocratie se limitait aux élections. Depuis la révolution, l’intégralité de la vie politique de notre pays est rythmée par les scrutins. En pensant que, pour être élu, il suffisait de multiplier les promesses qui ne seront jamais tenues ou de dénigrer l’adversaire. J’espère donc que ces élections seront l’occasion, enfin, de voir les candidats présenter de vrais programmes, bâtis autour d’un projet sincère qui permette d’explorer le potentiel qui est le nôtre.

Vous avez déclaré à plusieurs reprises « mener un combat pour votre pays ». Vous êtes de plus en plus visible et audible, tenez des meetings, avez créé votre parti : on imagine mal que vous ayez fait tout cela sans penser à la présidentielle de 2019. Pourquoi ne pas vous déclarer ?

Je ne vais tout de même pas me comporter comme ceux que je critique ! Pour l’instant, je m’attelle à rassembler les hommes et les femmes qui, à mon sens, sont les plus à même de sortir le pays du marasme dans lequel il se trouve. Mais je ne me présenterai pas si je n’ai pas un vrai programme, ambitieux, précis et pertinent.

Vous l’avez présenté, notamment lors de votre meeting de Sfax...

Ce n’est pas un programme, c’est une vision. C’est important, car c’est ce qui a manqué à nos dirigeants ces dernières années. Mais il faut la détailler, la nourrir avec les différents acteurs et avec les régions, vérifier que les politiques publiques que nous proposerons sont applicables et tiennent bien compte des réalités du terrain. Nous y travaillons.

mardi 13 mars 2018

Les Tunisiennes veulent leur part d’héritage

Egalité!», «Egalité!» Le slogan était partout, samedi 10 mars, dans le quartier du Bardo, à Tunis, la capitale. « Egalité ! » dans les mots hurlés. « Egalité ! » sur les pancartes brandies. « Egalité ! » dans les esprits et les cœurs d’une foule de Tunisiens – environ 2 000 personnes – marchant pour que cesse la discrimination frappant les femmes en matière d’héritage. « C’est un événement historique », se réjouit Emna Ben Miled, psychologue et anthropologue, à l’initiative de ce rassemblement.

La Tunisie des droits des femmes a connu des manifestations plus massives que celle-là – notamment lorsque les islamistes d’Ennahda étaient au pouvoir (fin 2011-début 2014) –, mais c’était bien la première fois qu’une manifestation était spécifiquement organisée contre l’inégalité successorale, sujet éminemment sensible car inscrit dans d’immémoriales traditions. Selon la loi tunisienne, issue en l’occurrence des préceptes du Coran, la femme n’hérite que de la moitié de la part de l’homme du même degré de parenté.

Le débat autour de l’inégalité successorale promet de s’installer avec force ces prochains mois sur la scène publique en Tunisie. L’initiative en revient au président de la République, Béji Caïd Essebsi, qui avait annoncé, le 13 août 2017, son souhait d’aboutir en Tunisie à « l’égalité [entre hommes et femmes] dans tous les domaines ». « Et toute la question réside dans l’ héritage », avait-il alors ajouté.

A cette fin, il a mis sur pied une « commission de l’égalité et des libertés individuelles », chargée de réfléchir à une réforme de l’arsenal législatif afin d’en éliminer les dispositions attentatoires aux libertés individuelles ou sources de discrimination. « Il s’agira d’un projet civilisationnel », explique la présidente de ladite commission, Bochra Belhaj Hmida, avocate féministe et députée affilée à Nidaa Tounès, le parti du président Essebsi.

Le rapport de la commission devait être rendu en février, mais la perspective d’élections municipales en mai a reporté l’échéance, vraisemblablement en juin. Si la question de l’héritage est le chantier emblématique de cette commission, celle-ci examinera aussi toute la gamme d’inégalités de genre. La question de la dépénalisation de l’homosexualité sera également abordée.

Tous ces sujets demeurent très sensibles en Tunisie, où la frange progressiste de la population doit toujours compter sur un environnement majoritairement conservateur. Les esprits, toutefois, évoluent, à en croire les militants les plus impliqués sur ces combats sociétaux. « La population tunisienne est davantage prête que ne l’admettent les hommes politiques », assure Wahid Ferchichi, professeur de droit et président de l’Association tunisienne de défenses des libertés individuelles.

Le simple fait que la question de l’égalité dans l’héritage, taboue jusqu’il y a quelques années, soit désormais débattue dans la sphère publique est « une victoire pour les féministes en Tunisie », se réjouit Monia Ben Jemia, président de l’Association tunisienne des femmes démocrates.

Une réforme « révolutionnaire »

La coalition gouvernementale, forgée en 2015 autour des partis Nidaa Tounes (« moderniste ») et Ennahda (« islamiste ») – le premier étant en position dominante – et qui a contribué à dépassionner les grandes querelles idéologiques de l’après-révolution de 2011, crée sûrement un contexte politique favorable à une avancée. Désireux de polir leur image, notamment sur la scène internationale, les dirigeants d’Ennahda affichent une ouverture d’esprit nouvelle, même si une partie du camp « moderniste » continue de douter de la sincérité de leur évolution. « Si une réforme doit passer, c’est maintenant ou jamais, affirme Mme Ben Jemia. L’actuel rapport des forces politiques permet une entente entre les deux formations. » Mais qu’en serait-il en cas de réalignement de la scène politico-électorale ?

Aussi Mme Belhaj Hmida est-elle résolue à ne pas laisser passer l’occasion. Elle annonce une réforme « révolutionnaire », « aussi importante que le code du statut personnel ». Ce code, imposé en 1956 au lendemain de l’indépendance par Habib Bourguiba, le « père de la nation », a placé la Tunisie à l’avant-garde du monde arabo- musulman en matière de droits des femmes. Cet arsenal législatif a aboli la polygamie, institué le divorce judiciaire – se substituant à la répudiation –, fixé un âge minimum pour le mariage – 15 ans pour les femmes, devenu plus tard 18 ans – et exigé le consentement des deux époux lors de l’union. Socle de ce qu’on a appelé le « féminisme d’Etat », le code du statut personnel demeure toutefois « ambivalent », souligne Sana Ben Achour, professeure de droit et figure du féminisme tunisien. Car il dispose toujours que le père est le « chef de famille », demeure hermétique à l’idée de viol conjugal et ne touche pas à l’inégalité successorale.

L’évolution sociétale de la Tunisie, où les femmes représentent désormais plus du quart de la population active et contribuent ainsi à la formation du patrimoine familial, rend impératif, aux yeux des féministes tunisiennes, un ajustement de la loi aux nouvelles réalités. Une partie de la société a d’ailleurs elle- même commencé à prendre les devants sans attendre une réécriture de la loi. De nombreuses familles instituent déjà l’égalité entre frères et sœurs à travers des donations octroyées du vivant des parents, surtout depuis qu’elles font l’objet d’exonérations fiscales.

La Tunisie est-elle à la veille d’un nouveau grand chambardement ? La publication, en juin, des conclusions du rapport de la commission de Mme Belhaj Hmida promet assurément d’être une étape décisive. Un « code des libertés individuelles » en émergera, ainsi qu’une série de projets de loi dépoussiérant le corpus législatif existant. Mais, avec une Constitution de 2014 qui proclame tout à la fois que l’Etat garantit « la liberté de conscience » et « protège le sacré », la Tunisie demeure dans une certaine schizophrénie.

Afin de ménager les sensibilités, la commission de Mme Belhaj Hmida pourrait ainsi proposer une égalité de principe assortie d’options, une manière d’accommoder les familles qui souhaiteraient perpétuer les traditions. Mais, sur la question de l’héritage, Mme Belhaj Hmida, est formelle : « Même s’il y a des options, on restera dans l’égalité. »

samedi 24 février 2018

En Tunisie, la quête de respectabilité des islamistes d’Ennahda

C'était le 15 février, au cœur du quartier du Bardo, à Tunis, ciel noir et chaussées mouillées. Dans la salle des pas perdus de l’Assemblée des représentants du peuple (ARP), Naoufel Jammali, un échalas au verbe délié, évoquait l’évolution doctrinale de son parti, Ennahda, le mouvement islamiste tunisien. Président de la commission des droits, des libertés et des relations extérieures de l’ARP, l’homme est au carrefour de bien des débats agitant la jeune démocratie tunisienne, seule rescapée de la vague des «printemps arabes». Ce jour-là, il s’expliquait sur l’opposition de son parti à une proposition de loi visant à «criminaliser » les relations avec Israël et dont la discussion a été repoussée sine die par sa commission. Au centre de ses préoccupations : le sort des investissements étrangers en Tunisie qui, s’alarmait-il, pourraient être affectés si une telle loi devait être votée. « Il faut protéger les intérêts supérieurs de l’économie tunisienne », affirmait-il. « Nous [les partisans d’Ennahda], ajoutait-il, sommes toujours présents là où l’on ne nous attend pas. »

Quelques jours plus tard, la formule a pris tout son sens. Un porte-parole d’Ennahda annonçait qu’un juif tunisien, Simon Slama serait candidat sur une liste du parti islamiste à Monastir (côte orientale), à l’occasion des élections municipales du 6 mai. La nouvelle a fait sensation en Tunisie, et au-delà. On n’attendait pas » Ennahda sur ce terrain de la séduction de la communauté juive tunisienne. Tout comme on ne l’« attendait pas » sur le front des droits des femmes. En juillet 2017, le parti a soutenu l’adoption d’une loi réprimant les violences faites aux femmes. En ce qui concerne la perspective d’instaurer l’égalité entre hommes et femmes en matière d’héritage, un objectif que s’est fixé le chef de l’Etat, Béji Caïd Essebsi, M. Jammali affirme: «Nous sommes prêts à en débattre dans un climat serein et démocratique. »

Jusqu’où Ennahda ira-t-il dans sa mue doctrinale ? Le parti évolue par petites touches. La logique de cette mutation est limpide: la quête de la respectabilité, notamment au niveau international, afin d’effacer les stigmates de ses accointances passées avec certains groupes salafistes radicaux. Le grand tournant a été formalisé en mai 2016, lors d’un congrès à Hammamet, à l’issue duquel Ennahda s’est redéfini comme un parti « civil », « spécialisé » sur la seule action politique et délesté de ses activités traditionnelles de prédication religieuse (dawa). Désireux d’apparaître comme pleinement « tunisien », Ennahda proclame qu’il a cessé d’être la branche locale de l’internationale des Frères musulmans. Et s’il admet toujours l’islam comme « référentiel », il veut tourner la page de l’islam politique », refusant même d’être qualifié d’« islamiste». Il endosse plus volontiers le label de « démocrate-musulman », à l’image des « démocrates-chrétiens » européens.

Une telle mutation est le produit de la grave crise de l’été 2013, qui avait propulsé la Tunisie au bord de la guerre civile. A l’époque, Ennahda, qui dominait la coalition au pouvoir – la « troïka » –, était défié par une rue en colère qui lui reprochait sa complicité avec la montée de la violence salafiste. Au même moment, le président égyptien, Mohamed Morsi, issu des Frères musulmans, était renversé par un coup d’Etat. Face à cette géopolitique régionale devenue défavorable, Ennahda a opté pour la survie immédiate, une attitude inspirée par la mémoire encore fraîche de la répression subie sous la dictature de Ben Ali.

«IL N’Y A PLUS DE TABOU»

Aussi le parti a-t-il accepté – non sans mal – de négocier avec ses adversaires tunisiens de Nidaa Tounès, un front hostile à l’islam politique regroupant démocrates progressistes et réseaux issus de l’ancien régime de Ben Ali. La rencontre du 14 août2013, à l’Hôtel Bristol, à Paris, entre Béji Caïd Essebsi, le fondateur de Nidaa Tounès, et Rached Ghannouchi, le patron d’Ennahda, a jeté les bases d’une réconciliation entre les deux camps. Celle-ci prendra la forme, début 2015, au lendemain de la victoire de Nidaa Tounès aux élections législatives et présidentielle, d’une coalition gouvernementale venant d’entrer dans sa quatrième année.

Une telle conversion au pragmatisme d’Ennahda n’a pas fait disparaître les suspicions à son encontre. Dans le camp hostile à l’islam politique, certains doutent encore de la «sincérité» de cette évolution. Selon eux, le positionnement d’Ennahda relève du simple opportunisme, dicté par les rapports de forces politiques, et est réversible dans un contexte différent. Simultanément, l’attitude d’Ennahda au sein de la coalition au pouvoir, marquée par une loyauté confinant au suivisme vis-à-vis de Nidaa Tounès, a consolidé son crédit de « parti de gouvernement », au risque de lui aliéner certaines franges de son électorat.

Sachant qu’il est toujours sous surveillance, Ennahda a multiplié les concessions afin de faire mentir les critiques à son encontre. Il était aux premières loges, en janvier, pour défendre le gouvernement confronté à l’agitation sociale. « Il n’y a plus de tabou », affirme M. Jammali, y compris pour l’amnistie de cadres de l’ancien régime impliqués dans les malversations de l’époque. On dirait Ennahda métamorphosé en simple parti conservateur à la tunisienne, partisan à la fois du statu quo social et d’un certain progressisme sociétal hérité de Habib Bourguiba. Mais qu’une évolution aussi significative se produise sans turbulences au sein de son appareil dirigeant, sans départs ni dissidences, révèle un fonctionnement vertical susceptible de nourrir des interrogations. La « normalisation » d’Ennahda n’en est qu’à ses prémices.

mardi 19 décembre 2017

Le dictateur Ben ali est de retour bientôt en Tunisie ?

Béji Caïd Essebsi : « Ce n’est pas un crime d’avoir travaillé avec Ben Ali »

En visite à Paris la semaine du 11 décembre, le président tunisien, Béji Caïd Essebsi, 91 ans, a rencontré Emmanuel Macron, qu’il recevra à Tunis en janvier 2018. Il revient pour Le Monde sur l’état de son pays, six ans après le déclenchement de la révolution qui a chassé Ben Ali du pouvoir.


D’anciens collaborateurs de Ben Ali ont fait leur retour au gouvernement récemment. C’est l’ordre ancien qui revient ?

Et ceux qui ont travaillé avec Bourguiba, on va les exclure ?
Quand Ben Ali était au pouvoir, 2 millions de Tunisiens travaillaient avec lui. On ne va pas les exclure. Chaque Tunisien a le droit de participer à la vie de son pays s’il n’a pas été l’objet d’une condamnation. Ce n’est pas un crime d’avoir travaillé avec Ben Ali, sinon on leur enlève la nationalité. Et ça, personne d’autre que la justice ne peut le faire.

Au moment où votre premier ministre, Youssef Chahed, a lancé une chasse à la corruption, une loi a amnistié la corruption administrative. N’est-ce pas contradictoire ?
Je suis l’auteur de cette loi. Elle ne vise que les fonctionnaires compétents qui ont exécuté des instructions directes et irréfragables de l’Etat de l’époque. On n’a pas amnistié des gens qui ont détourné de l’argent de l’Etat. Cette loi de réconciliation vise à profiter de l’expérience des hauts fonctionnaires qui restaient les bras croisés car ils avaient peur d’être punis.

En septembre, vous avez critiqué durement l’Instance vérité & dignité (IVD), symbole de la transition politique. Que lui reprochez-vous ?
L’IVD n’a pas de quoi être fière de son rendement. A mon avis, elle n’a pas rempli son rôle de justice transitionnelle. C’est une instance légale, je respecte son existence, mais elle n’est pas constitutionnelle. Elle partira au terme de son délai fixé par la loi, en 2018.

On vous reproche de présidentialiser le régime...

Je suis responsable du respect de la Constitution. Nous n’avons pas de système présidentiel. L’exercice de mon mandat est soumis au contrôle populaire. Il n’y a donc aucune chance que le système actuel débouche sur un présidentialisme. Personnellement, je suis pour un système présidentiel bien contrôlé pour éviter la dérive présidentialiste que nous avons connue sous Ben Ali et Bourguiba.

Vous présenterez-vous à la présidentielle de 2019 ?
[Rires] Quand je me suis présenté, j’avais 88ans, et à la fin de mon mandat, j’en aurai 93. Je suis quelqu’un de sérieux. Mes obligations vont jusqu’en 2019, et l’avenir est à Dieu.

Votre fils, Hafedh Caïd Essebsi, dirige Nidaa Tounès, la principale composante de la majorité gouvernementale. N’est-ce pas le début d’une dérive dynastique ? 
Il faudrait qu’il soit élu pour cela. Il n’a pas hérité le parti de moi, il a été désigné par un congrès à Sousse. Si les responsables de Nidaa Tounès ne sont pas contents de lui, ils n’ont qu’à le renvoyer.

Les élections locales, prévues le 17 décembre, ont été reportées au 25 mars 2018. Et maintenant, on parle d’un nouveau report. Est-ce normal, six ans après la révolution ?
Je suis pour des élections le plus rapidement possible. Si elles n’ont pas pu se tenir le 17 décembre, c’est parce que l’instance électorale n’était pas au complet. Maintenant, certains partis réclament un report. Pour moi, il ne faut pas que cela dépasse le mois d’avril. Je vais m’y employer.

Vous vous êtes engagé à faire adopter deux réformes en faveur de l’égalité femmes- hommes. Les islamistes d’Ennahda vont-ils l’accepter ?
Concernant le mariage des Tu- nisiennes à des non-musulmans, le ministère de la justice a retiré la circulaire de 1973 [qui obligeait les hommes non musulmans à se convertir à l’islam avant le mariage]. Au sujet de l’égalité d’héritage, j’ai créé une commission qui va préparer les textes appropriés. Pour le moment, Ennahda n’a rien dit, mais je ne pense pas qu’ils y verront un inconvénient majeur. La Constitution de 2014 pose les bases d’un Etat civil, pas religieux. Je ne reviendrai jamais sur ma promesse, car sans promotion de la femme, il ne peut pas y avoir de démocratie.

Cette année, il y a eu des manifestations au Kef, à Tataouine. Est-ce qu’une deuxième révolution, sociale celle-là, est possible ?
Nous souffrons malheureusement d’un chômage important : 628 000 personnes, dont 250 000 titulaires de diplômes supérieurs. Si vous ajoutez à cela des régions de l’intérieur marginalisées, tous les ingrédients d’un malaise social sont réunis. Ces mouvements sont naturels. La révolution a réalisé la liberté d’expression. Mais la dignité, c’est aussi le travail. Seulement, nous ne pouvons pas tout régler d’un coup de baguette magique.

La Libye est-elle toujours une menace sécuritaire pour vous ? 
Cela a été le cas. Nous avons une frontière commune de 450 km qui n’était pas très sécurisée. Nos relations étaient amicales et intenses par le passé. Mais il y avait un Etat libyen à l’époque. Aujourd’hui, il n’y a plus que des groupuscules armés. En 2015, nous avons subi trois attentats dus à des infiltrations. Aujourd’hui, la frontière est sous contrôle.

Selon l’ONU, 5 500 Tunisiens ont rejoint des groupes extrémistes comme l’organisation Etat islamique ou Al-Qaida...
C’est exagéré. Il y en a 2 000 environ. C’est trop évidemment, mais maintenant, les choses sont maîtrisées. En cas de retours, ces personnes sont soumises à la loi. Beaucoup sont en état d’arrestation ou en résidence surveillée

lundi 6 juin 2016

Le fond de commerce d'Ennahdha


Ennahdha ne sort pas de l’islam politique




Rached Kheriji
Deux faces pour une même idéologie islamiste


Préparée avec soin, l’annonce a été diffusée à partir du 20 mai. Grassement payée à coup de millions de dollars, une agence internationale de communication a veillé à ce que les médias du monde entier s’en fassent l’écho en bonne place et soulignent que c’est là une évolution importante et très positive. 

Un vrai « changement » qui dépasse le pays où il a lieu, la Tunisie, et intéresse l’ensemble du monde musulman et la planète entière.

De quoi s’agit-il ?

Réunis du 20 au 22 mai en congrès, les islamistes tunisiens d’Ennahdha ont adopté une posture inédite concoctée par leur président, Rached Ghannouchi.

Ayant constaté que le qualificatif d’islamiste accolé à son parti comporte trop d’inconvénients et limite son expansion, il en est venu à estimer qu’il n’y a que des avantages à le mettre au rancart.

Il veut que les Tunisiens et le monde entier le sachent, et en tiennent le plus grand compte : Ennahdha serait désormais devenu un parti civil, qui se proclame démocratique.

Et Ghannouchi d’énoncer la formule magique que citeront les médias : « Ennahdha sort de l’islam politique pour entrer dans la démocratie musulmane. »

Tunisiens ou non, musulmans ou non musulmans, lecteurs du blog ou non, beaucoup me demandent ma réponse aux interrogations que cette initiative suscite : faut-il prêter foi à cette démarche et qu’annonce-t-elle pour la Tunisie ?

Les islamistes tunisiens peuvent-ils devenir de vrais démocrates ? Au pouvoir pendant trois ans, de fin 2011 à fin 2014, ont-ils montré qu’ils sont à même de gouverner un pays sous développé ?

Ces islamistes tunisiens et leur président ont une histoire qu’il est utile de rappeler. Leur formation a vu le jour au début des années 1980 sous le nom de Mouvement de la tendance islamique (MTI).

Réprimés par un Bourguiba déclinant, puis, après une courte période d’observation et une participation aux élections, par un Ben Ali déterminé à les éliminer, ils ont pris des coups mais se sont signalés par un sens avéré à la violence aveugle et même au coup d’État militaire. Sans succès.

Ils sont donc, à cet égard, les ancêtres des jihadistes d’aujourd’hui, et cela a laissé des traces.

Ceux de leurs dirigeants qui n’ont pas été arrêtés et condamnés se sont exilés en Europe. Ghannouchi, lui, s’est établi à Londres, où il a vécu vingt ans.

Il ne connaissait ni ne parlait le français, mais n’a pas jugé utile d’apprendre l’anglais, de sorte qu’à l’inverse d’un Houari Boumédiène, qui, arrivé au pouvoir, s’est obligé à apprendre le français, et à un Abdelilah Benkirane, chef des islamistes marocains, qui manie le français à la perfection, Ghannouchi ne connaît et ne parle que l’arabe.

Cela le rapproche des Arabes du Moyen-Orient et le distingue de l’écrasante majorité des Maghrébins. Significatif de sa personnalité, ce trait étonne : comment peut-on, au XXIe siècle, diriger un grand parti, et a fortiori un État, si on ne comprend aucune autre langue que la sienne ?
Les Suisses, les Suédois, les Israéliens, les Iraniens, entre autres, le savent bien, dont les dirigeants et leurs enfants s’astreignent au bi-, voire au trilinguisme.

Une question se pose : lorsqu’il sera au pouvoir, car c’est l’objectif qu’il s’est assigné, Ghannouchi favorisera-t-il le bilinguisme ou bien voudra-t-il que les Tunisiens ne pratiquent que la langue arabe ?

Lorsque, le 14 janvier 2011, le régime de Ben Ali est tombé après avoir tenu vingt-trois ans, les islamistes, qui n’étaient pour rien dans sa chute, ont été, comme tout le monde, pris de court. Mais ils se sont vite ressaisis et ont été les premiers à combler le vide : ils se sont rapidement remis en selle, ont fait bonne figure aux élections et ont pris le pouvoir, avec deux comparses : la troïka, dont ils ont été le centre et le moteur, a gouverné le pays pendant trois ans mais n’y a assuré ni la sécurité, ni le fonctionnement de l’économie, ni même la propreté des villes.

Ils ont recruté 300 000 personnes, souvent incompétentes, mais choisies parmi les leurs, alourdissant et déséquilibrant le budget de l’État et de ses sociétés.

Leurs frères jihadistes ont commencé à infester la Tunisie et à en menacer les structures. Ghannouchi a dit alors, la larme à l’œil, qu’ils lui rappelaient sa jeunesse et il les a adjurés... d’être patients. « Attendez que nous ayons en mains tout le pouvoir, que nous contrôlions l’armée », leur a-t-il dit.

Pendant ce temps-là, le pays allait à vau de l’eau et, n’ayant à leur tête qu’un assez bon tacticien mais un piètre stratège, les islamistes d’Ennahdha n’ont gagné ni les cœurs des Tunisiens ni leur confiance. C’est à ce moment-là qu’ils ont vraiment raté le coche pour toujours.

Portés eux aussi au pouvoir, leurs homologues égyptiens, les « Frères musulmans », ayant dérapé plus gravement encore – et plus vite – ont été brutalement éliminés par l’armée du maréchal Sissi et jetés en prison. Ennahdha et ses dirigeants ont pris peur, ont cédé sur la nouvelle Constitution et accepté de quitter le gouvernement. « Faisons deux pas en arrière pour sauver le parti », leur a recommandé à ce moment-là Rached Ghannouchi.

Nous sommes toujours, comme vous le voyez, dans la tactique, celle d’un Ghannouchi plus rusé que stratège. Le gouvernement de la Tunisie a été alors confié à un indépendant, Mehdi Jomâa, qui s’est entouré d’une équipe rajeunie mais inexpérimentée. Elle a tenu convenablement les rênes du pays et l’a conduit sans encombre à des élections qui se sont impeccablement déroulées.
Les Tunisiens en gardent le meilleur des souvenirs. Mais, dans leur majorité, ils ont ressenti le besoin d’avoir un rempart contre les islamistes. Un vétéran de la politique, Béji Caïd Essebsi, s’est avancé pour le leur donner en créant Nidaa Tounes en juin 2012.

Les Tunisiens ont alors décidé de faire de « Si Béji » leur président et l’ont élu le 22 décembre 2014. Les dirigeants d’Ennahdha n’ont pas présenté de candidat contre lui, mais ont tout de même, sans le dire, donné les voix de leurs partisans à son adversaire.

Nous sommes, en ce mois de juin 2016, à la veille d’élections municipales prévues pour 2017 et, surtout, à l’avant-veille d’élections législatives et présidentielle : elles auront lieu en 2019 mais nul n’exclut qu’elles se tiennent avant l’échéance normale.

Le tacticien en chef d’Ennahdha, Rached Ghannouchi, a refait surface avec son idée astucieuse de renoncer en apparence au label d’islamiste et d’avancer le concept de parti civil, champion de la démocratie musulmane.

On a parlé « d’islamistes autodéfroqués », de « tour de passe-passe », de « ravalement de façade », de magicien de foire qui fait disparaître l’islamiste dans sa main droite qu’il dissimule dans son dos et montre le civil dans sa main gauche qu’il brandit devant vous.

On peut également évoquer la fable de la chauve-souris de Jean de La Fontaine :

Je suis oiseau : voyez mes ailes... Je suis souris, vivent les rats !
Il y a du vrai dans chacune de ces images, car l’auteur principal de l’initiative du 20 mai est un peu tout cela à la fois : on le comprend mieux si on dit que Rached Ghannouchi est la ruse faite homme politique.

Lui et son parti sont des islamistes et le demeureront. Ils ne renient pas l’islamisme, pas plus qu’ils ne se convertissent à la démocratie, et l’on est en droit de leur dire : « Ce que vous êtes parle si fort que je n’entends pas ce que vous dites. »
Mais, au fait, qu’est-ce qu’un islamiste ?

C’est un musulman intégriste qui utilise sa religion indûment et cyniquement pour accéder au pouvoir et s’y maintenir. Intégristes, les uns et les autres le sont, mais à des degrés différents.

Le monde arabo-musulman de 2016 a presque partout à sa tête des islamistes qui l’ont mis dans une situation inextricable et, de surcroît, ont enfanté Al-Qaïda d’abord, Daesh ensuite.

Soudan, Arabie saoudite, Qatar, Gaza et, désormais, la Turquie d’Erdogan forment, avec quelques autres, l’internationale des islamistes.

Et si en Tunisie, Ennahdha dispose d’argent à profusion, le dépense sans compter, c’est parce que d’autres islamistes, déjà au pouvoir, la financent à coups de millions de dollars pour l’aider à revenir à la tête de l’État.

Je m’étonne de constater que le président et le Premier ministre tunisiens laissent sans réagir les valises d’argent étranger venir polluer la politique de leur pays. Et infléchir les résultats de ses élections.

L’avez-vous remarqué ? Les islamologues, qui sont les meilleurs connaisseurs de l’islam, j’en connais deux en Tunisie de réputation mondiale, Mohamed Talbi et Abdelmajid Charfi, ont à l’endroit des islamistes la plus grande réserve et s’en tiennent à bonne distance.

Ces deux derniers s’étaient d’ailleurs tenus, et c’est tout à leur honneur, à la même distance vis-à-vis des dictatures de Bourguiba et de Ben Ali.

Ennahdha, Ghannouchi et leurs collègues se sont donc embarqués, depuis le 22 mai, dans une opération qu’ils jugent habile de fausse conversion : nous avons désormais, disent-ils, deux costumes et deux visages ; oubliez la religion et traitez avec le civil.

Ils croient ainsi berner les Occidentaux, qui les surveillent, et offrir aux Tunisiens un visage plus avenant.

Mais avec quel dessein ? Celui de revenir au pouvoir, de le conquérir cette fois complètement, de faire occuper le palais de Carthage, c’est-à-dire la présidence de la République, par Rached Ghannouchi, au plus tard en 2019, et la Kasbah, c’est-à-dire la primature, par l’un des leurs.

Leur modèle est l’AKP turc et son chef incontesté, lequel sera demain le seul maître du pays : Recep Tayyip Erdogan.

Ce dernier et son parti ont fait croire aux Turcs et au monde entier, au début du XXIe siècle, qu’ils n’étaient plus islamistes et s’étaient convertis à la démocratie. Ils ont conquis les votes des campagnes délaissées par leurs concurrents, puis ceux des villes, et ont gravi les marches du pouvoir une à une.

Ils ont éliminé les généraux gardiens de la laïcité et des fondements kémalistes de la République, et ont proclamé urbi et orbi qu’ils se mettaient au diapason de l’Europe.
Et ce n’est que lorsqu’il a rassemblé entre ses mains tous les leviers du pouvoir qu’Erdogan a écarté les Abdullah Gül et autres démocrates de son parti pour réislamiser son pays et en devenir le maître.
Sans aucun contre-pouvoir digne de ce nom.

C’est exactement ce qui attend les Tunisiens à moyen, voire à court terme, car Ghannouchi, qui ne rêve que de revanche sur Bourguiba et Ben Ali en prenant leur place, a déjà 74 ans.

Que faire pour éviter à la Tunisie de tomber à son tour dans l’escarcelle de l’internationale islamiste ?

Ce que Béji Caïd Essebsi a tenté de faire, qu’il n’a pas fait, ne peut plus (ou même ne veut plus) faire. Créer face aux « ex-islamistes » un parti de gouvernement solide et qui soit le rempart de la Tunisie du XXIe siècle contre les passéistes.

Cette Tunisie, celle de Bourguiba, produira-t-elle, à très court terme, issu de la génération des quinquagénaires nés dans les années 1960, un candidat au pouvoir ?

Pour qu’il soit crédible et suivi, il faudrait qu’il soit déjà connu de l’opinion nationale et reconnu par elle comme un président possible.

Il faut qu’il soit un fédérateur d’hommes et de femmes, qu’il constitue et rassemble autour de lui une équipe de pouvoir.
Les temps ayant changé, ce doit être un démocrate convaincu, ce que n’étaient, hélas, ni Bourguiba ni Ben Ali. 


dimanche 19 avril 2015

La Mafia au sein du gouvernement

L'argent va de pair avec politique


Que font les ministres et les députés au sein du gouvernement la semaine ? Et bien c'est simple, Néjib Derouiche, ministre de l’Environnement et Mohsen Hsan, le président du bloc de l’UPL à l’Assemblée voyage dans l'avion privé d'un autre homme d'affaires et politique Slim Riahi. Celui-ci est le président du club de Football Club africain et du parti UPL au sein du gouvernement. Tout ce beau monde se rend en jet privé pour aller en Algérie voir un match de football, pendant que vous simple citoyen souffré dans la misère et la pauvreté. Via mon billet je remercie les moutons et les singes qui ont voté pour des mafieux en politique. Grâce à vos impôts, il ont les moyens de s'offrir du bon temps ..



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